Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le solidaire et l’internet : les nouvelles clés du crédit PME et TPE

Pour 82% des dirigeants, la crise a durci de manière importante les conditions d’accès au crédit des entreprises. Surtout les petites. 68% d’entre elles expriment un besoin de financement. Telles sont les principales conclusions d’une enquête récente de la CGPME et du cabinet KPMG (Octobre 2009). Comment faire quand les banques font défaut ?

Tout n’est pas si sombre sous le ciel du crédit. De nombreuses initiatives alternatives ont, depuis plusieurs années, permis d’élargir la gamme des prêts attribués aux petites entreprises qui ont le plus besoin de financement et qui ont du mal à offrir des garanties suffisantes. La crise de 2008 a accéléré ce mouvement vers des modes de financements reposant sur des critères sociaux et solidaires. Et internet a donné le coup de pouce.

On connait déjà le microcrédit – initié en France par l’ADIE - qui encourage les microprojets au niveau local pour des entrepreneurs ne répondant pas aux critères bancaires traditionnels. La croissance actuelle de la microfinance dans le monde est de 30% par an. Le système a fait ses preuves :10 000 institutions de microfinance existent dans le monde. Cela représente 130 millions de bénéficiaires.Plus de 95% des emprunteurs qui utilisent de tels fonds remboursent rubis sur l’ongle. Un mauvais payeur est vite sorti du système. Seul inconvénient : les taux en général élevés (environ 20%).

Finance solidaire

Certains établissements, à vocation solidaire, ont bâti leur réputation sur le financement d’activités à forte utilité sociale. C’est le cas dela Nef (Nouvelle Economie Fraternelle) ou du Crédit Coopératif qui soutiennent financièrement des projets de création, de développement et de reprise d’entreprises. Sans ces établissements, des marques comme BioCoop (distribution de produits biologiques) ou la Table de Cana (traiteur d’insertion) ou des nouvelles entités comme Autopartage (colocation de voitures pour de courtes durées) ou La Petite Reine (livraisons par triporteurs électriques) n’auraient jamais vu le jour. « L’environnement représente environ 60 % des investissements, le social 30 % et la culture 10 %», estime Marc Ravier, responsable de projet à la Nef. Pour sa part, le Crédit Coopératifpropose des financements sous forme de « prêts long terme alternatif », notamment en directionde projets liés aux secteurs équitables (Alter Eco, Ethiquable, Max Havelaar..). Le montage permet à des coopératives de production,de bénéficier d'un premier module à taux fixe garanti les premières années du prêt (de 3 à 10 ans), période où la charge d'intérêts est la plus importante. Le deuxième module à taux variable couvre la durée résiduelle de l'emprunt.


Réseaux sociaux

Les structures de capital risque forment, de leur côté, un des maillons essentiels du dispositif de la finance solidaire. L’entreprise « Autonomie et solidarité » fonctionne comme une Société de Capital Risque classique, mais avec une finalité solidaire en cohérence avec l’éthique souhaitée par les 2 000 « actionneurs ». Pour être éligible, le créateur doit produire des biens ou des services utiles, respecter l'environnement, développer un mode de relation partenariale en favorisant l'échange et la participation des salariés, clients, fournisseurs. Les plus connus dans ce domaine sont les Cigales (Clubs d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire). Ces clubs mobilisent l’épargne de leurs membres au service de la création et du développement de petites entreprises locales et collectives (SARL, SCOP, SCIC, SA, association) à vocation sociale, équitable, culturelle, ou environnementale.

"Créer c'est bien, grossir c'est encore mieux" : tel est le crédo de Citizen Capital ;un fonds d’investissement sociétal qui finance en fonds propres les PME en forte croissance, unsegment délaissé du capital investissement. «La France connaît une forte dynamique de création d'entreprises, mais peu d'entre elles se développent pour passer de 10 à 50 ou de 100 à 200 salariés » expliquent sur leur site Laurence Méhaignerie et Pierre-Olivier Barennes, les deux dirigeants.

Argent de l’affection (voisins, familles, proches..), argent des croyants (communautés religieuses..) ou argent du syndicat (comme au Québec où le « Fonds de solidarité FTQ » développe du capital risque pour les PME), les réseaux sociaux ou professionnels se mobilisent pour investir dans le capital des petites entreprises les sommes qu'ils ont récoltées. L’argent des « riches » est aussi mis à profit grâce aux déductions autorisées par la loi TEPA de 2007, via les Clubs d’investisseurs ISF. Les professionnels du capital-investissement peuvent investir les fonds collectés par l’Impôt sur la fortune dans le capital des PME. L’avantage pour ces contribuables aisés : réduire leur ISF d'un montant équivalent à 50 % de leur placement en direction des petites entreprises, et ce dans la limite de 20 000 euros.

Financement 2.0

Une des alternatives les plus en vue du crédit bancaire se trouve sur Internet avec le « financement 2.0 ». Appelé aussi « banque peer to peer » ou « banking social », il est destiné à faciliter le financement de microprojets directement entre particuliers. Cette solution, fondée sur le modèles des sites d’enchères tels que eBay, offre aux microentrepreneurs la possibilité de fédérer une communauté d'investisseurs qui va évaluer et analyser leur projet dans l'hypothèse d'une levée de fonds. On estime à environ 2 milliards d'euros le montant annuel des prêts privés (entre familiers, amis, collègues) octroyés en France. Prêteurs et emprunteurs se retrouvent sur une plateforme internet pour y concrétiser un accord. Les emprunteurs estiment le taux d'intérêt maximum qu'ils sont prêts à payer. Aux prêteurs ensuite de faire la meilleure offre et de choisir les profils qui leur semblent digne de confiance. Les utilisateurs de ces réseaux peuvent emprunter ou prêter jusqu'à 20 000 euros. Ces plateformes permettent de s’affranchir de toute intervention bancaire et viennent concurrencer les banques et les sociétés de crédit qui avaient, jusqu’ici, le monopole de ces petits prêts.

Friensclear est l’un des principaux acteurs français. Cet intermédiaire offre une palette de services qui vont de la fourniture d’un cadre juridique pour sécuriser la transaction, à la répartition de l’argent des préteurs sur plusieurs emprunteurs afin de moyenner les risques. « Actuellement, ces prêts de gré à gré démarrent toujours avec les meilleures intentions, mais parfois les choses tournent mal à cause d'un malentendu, parce que les conditions n'ont pas été clarifiées dès le départ du prêt. La plupart du temps, le prêteur et l'emprunteur n'ont prévu aucune modalité de remboursement et n'ont fixé aucune échéance », précise Jean-Christophe Capelli, le cofondateur de Friendsclear. Le présupposé susceptible de rendre le système pérenne est que dans un système de confiance mutuelle, les choses marchent mieux. Ainsi le taux de risque du prêt de pair à pair est beaucoup plus faible qu’un emprunt classique (entre 0,6% et 3% de taux de défaut de paiement contre 5,8% dans le secteur bancaire). A la différence des investissements anonymes que des particuliers font à travers leurs banques, là au moins, on sait à qui on prête.

La plateforme de microcrédit en ligne Veecus, qui vient de vicus, « village » en latin, fonctionne à peu près de la même façon. Le site met en relation des microentrepreneurs et des internautes intéressés par un investissement socialement responsable à partir de 20 €. Dans les 3 ans à venir, Veecus espère réunir plus de 150 000 prêteurs, et avoir financé près de 20 000 microentrepreneurs pour un montant total de plus de 6 millions d’euros prêtés. Veecus a aussi vocation à devenir un réseau social centré autour des problématiques de développement économique durable.

Selon une version optimiste du Gartner Group, les plateformes de banque peer to peerpourraient conquérir 10% du marché du crédit d’ici 2010.

Yan de Kerorguen
Le 26-01-2010
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