Juillet 2018


Marc Halévy : " L'avenir est au développement du qualitatif "

Marc Halévy est spécialisé dans les sciences de la complexité, prospectiviste, conférencier et auteur de nombreux ouvrages aux thématiques aussi riches que variées. Il porte un regard éclairé sur les grandes mutations que nous vivons.

Jeune Dirigeant : Qu’est-ce que le Principe Frugalité ?

Marc Halévy :C’est finalement, faire beaucoup mieux avec beaucoup moins.


J. D. : Consommons moins mais mieux. N’est-ce pas la première leçon à tirer de cette crise qui est celle de la prolifération des marchandises ?

M. H. :Quelques chiffres nous aideront à comprendre : en 1800, il y avait un milliard d’humains sur Terre, 1,7 milliard en 1900, 6 milliards en 2000, 7 milliards en 2011 et sans doute 9 à 10 milliards en 2050. De plus, l’appétence consommatoire de tout ce joli monde subit, elle-aussi, une croissance exponentielle qui se combine à la première. Face à cela, le stock global de ressources naturelles ne cesse de diminuer (en 150 ans, les humains ont consommé 80 % de toutes les réserves non renouvelables). Il ne faut pas avoir fait un bac plus 18 en math pour comprendre que ces deux courbes vont se couper pour nous faire passer d’une logique d’abondance à une logique de pénurie. Eh bien, c’est fait depuis le début des années 2000.


J. D. : Comment définir la pénurie à venir ?

M. H. :La pénurie n’est pas à venir. Elle est déjà bien là. Les pénuries les plus criantes, aujourd’hui, portent sur l’eau douce, les terres arables, les combustibles fossiles, les métaux non ferreux…


J. D. : Quelles autres leçons économiques tirer de la logique de pénurie qui est la nôtre ?

M. H. :Nous vivons une mutation paradigmatique cruciale et profonde, comparable à la révolution néolithique, dont la composante économique dit ceci : nous devons passer très rapidement de la quantité à la qualité, de la valeur d’échange à la valeur d’usage, de la croissance au développement. Nous devons comprendre que le développement économique en termes de valeur d’usage ne peut passer que par la décroissance des PIB et des chiffres d’affaires, par la décroissance de la taille des entreprises, par la décroissance démographique. Il ne s’agit plus de produire massivement des prix, mais d’engendrer sobrement de la valeur.


J. D. : Quels bénéfices pouvons-nous tirer d’une frugalité et d’une simplicité nouvelles ?

M. H. :Survivre, tout simplement… et donner une chance à nos petits-enfants de survivre aussi, même si ce sera bien moins facile et confortable pour eux que pour nous. Ils seront bien moins riches que nous, quoique nous fassions, mais tâchons, au moins, qu’ils soient plus heureux que nous !


J. D. : Quelles formes de croissance autres que la consommation ?

M. H. :Si j’étais utopiste, je répondrai : la croissance en sagesse. Comme je suis réaliste, je préfère répondre qu’en économie, le mythe de la taille et de la croissance est un fantasme de dinosaures. Nous vivons la fin du jurassique : les dinosaures sont déjà condamnés à disparaître et le règne des petits lémuriens agiles et graciles va bientôt commencer. La doctrine absurde de la croissance est le fait des marchands d’endettement. L’avenir est au développement du qualitatif. J’oppose le développement à la croissance.

La rédaction
Le 5-09-2014
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