Décembre 2018


Forces et faiblesses du modèle allemand

Le modèle allemand fait parler de lui. Au point de nourrir chez nous Français un sentiment d’infériorité, voire de jalousie… Mais quelles sont les clés du succès de l’économie allemande ? Quelles sont également ses faiblesses ? Deux questions auxquelles répond Stéphanie Le Dévéhat, secrétaire générale du CJDI.

Quand la crise frappe de plein fouet les économies occidentales, l’Allemagne affiche alors un excédent commercial vertigineux de près de 200 milliards d’euros ! Son PIB reste bien supérieur à la moyenne européenne ; son déficit public quasi négatif à tel point que la préoccupation actuelle du pays est : doit-on investir ou rembourser la dette ?… Sans compter que l’Allemagne continue d’accroître ses parts de marchés dans le monde (en Europe, mais aussi en Asie et en Chine) quand tous les autres en perdent ! Entre 1996 et 2011, l’Allemagne a effrontément multiplié par 7 son volume de commerce avec la Chine…

Pour tenter de comprendre ses facteurs clés de réussite, Simon Ulmer, Conseiller économique de l’Ambassade France à Berlin a décodé pour nous les forces de l’économie allemande.

Tout d’abord, l’Allemagne a fait des efforts constants au cours de la dernière décennie pour restaurer la compétitivité de ses entreprises, en pratiquant une modération salariale, en internationalisant sa la chaine de production, en mettant en place une stratégie de niche et d’efforts d’innovation, en exigeant une rigueur très forte sur la qualité, la sécurité des produits et le service après-vente irréprochable.

Ces pratiques ont été appuyées par une politique fiscale et sociale favorable aux entreprises : assouplissement du marché du travail, absence de salaire minimum -notamment dans les services, abaissement de la fiscalité des entreprises. La modération salariale a contribué à une amélioration du taux de marge des entreprises allemandes et a contribué à la baisse du chômage et au « miracle de l’emploi » pendant la crise.

Sur le plan micro-économique, le Mittelstand allemand, l’entreprise de taille intermédiaire, reste la force majeure de l’industrie allemande. Elle est très présente sur les marchés internationaux et investit considérablement en R&D. À ce titre les écosystèmes existants avec les universités sont très efficaces : le développement est directement appliqué à base de fonds industriels. De même, le positionnement géographique et sectoriel de l’Allemagne – machines- outil et automobile - lui est très favorable sur les marchés étrangers.

Néanmoins, Simon Ulmer nous met en garde. Tout n’est pas si rose. Attention à l’arbre qui cache la forêt… pas encore tout à fait noire.

Le coût social de l’assouplissement du marché du travail est bien plus lourd qu’il n’y paraît… La hausse de la pauvreté au travail ne cesse de croître, il n’est pas rare, voire courant, de cumuler plusieurs emplois en Allemagne. Seuls 17% des salariés allemands sont couverts par un salaire minimum.

De même, la course à la compétitivité absolue masque trop souvent le manque d’investissements dans les infrastructures, en particulier les réseaux routiers et des ponts qui se détériorent considérablement. Enfin la politique de l’energiewende (fin du nucléaire en Allemagne d’ici 2022) et le modèle d’économie verte qui fait office de modèle dans le monde cachent des défis énergétiques colossaux pour le secteur industriel, quand les coûts de l’énergie en Allemagne restent rédhibitoires et le réseau de distribution inadapté.

Enfin, et non des moindres, le défi démographique de l’Allemagne est préoccupant. On estime une baisse de 13 millions d’habitants d’ici 2050, ce qui entraînera des difficultés supplémentaires de recrutement sur un marché de travail déjà tendu, sans parler du financement du système social à moyen terme.

Si l’Allemagne reste un marché complexe, comme nous le rappelle Pierre Zapp de Mazars, ce sont plusieurs Allemagnes qui coexistent de par le statut fédéral de l’Etat. Les opportunités restent nombreuses dans les domaines de l’énergie verte, les technologies vertes ; le développement durable, le démantèlement des centrales nucléaires, le transport ferroviaire, le tourisme, les PPP- concession de service public, le e-service et la e-santé, les produits agricoles et agroalimentaires, les TIC, l’industrie 4.0 (informatisation des systèmes de production industrielle) et enfin les maisons de retraite.

La France demeure le 1er partenaire économique de l’Allemagne (le 3e fournisseur après la Chine et les Pays-Bas). Nous exportons pour 70,1 milliards et importons pour 86 milliards. 2200 entreprises françaises sont installées en Allemagne pour 300 000 emplois. Il existe une vraie coopération industrielle entre nos deux pays. Avis aux entrepreneurs : de nombreuses entreprises vont être à vendre dans un avenir très proche, et l’Allemagne sera un des plus gros marchés de l’emploi de demain. À bon entendeur…

Stéphanie Le Dévéhat
Le 27-08-2014
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