Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


L’art contemporain, vecteur d’innovation dans l’entreprise

Olivier Crancée
L’actualité people nous offre une Aurélie Filipetti et un Arnaud Montebourg filant le parfait amour loin de l’hexagone. Le scoop, c’est que leur relation ne date pas d’hier. En effet, c’est oublier que nos deux ex-ministres œuvraient déjà de concert sur un projet national quand ils étaient encore aux affaires.

Ce projet, piloté par les Ministères de la Culture et du Redressement Productif, consiste à faire entrer l’art contemporain dans l’entreprise. Cinq régions pilotes, cinq entreprises engagées et cinq artistes en pleine phase de création. En Lorraine, c’est FRANCE LANORD ET BICHATON, une entreprise de 90 personnes intervenant dans la restauration et la préservation du patrimoine protégé et des bâtiments contemporains, qui expérimente cette relation inédite. Pour son président, Olivier Crancée, c’est un projet atypique, car reposant sur un triptyque inédit. D’abord, l’implication de l’ENSA (École Nationale Supérieure d’Arts) qui a proposé la rencontre. Ensuite l’entreprise, qui décide de se lancer avec ses salariés dans une aventure peu commune. Enfin l’artiste, en résidence dans l’entreprise, qui doit concevoir une œuvre avec les moyens mis à sa disposition. Chez FRANCE LANORD ET BICHATON, c’est Cristina Escobar, une artiste plasticienne nancéienne d’origine cubaine, qui a posé ses valises. L’ambition collective est de co-construire une installation qui sera exposée pendant un mois et demi au Musée des Beaux-Arts en mars 2015.

« Nous avons des relations régulières avec l’ENSA. L’École sait que nous travaillons sur de la 3 D. Nous faisons du transfert de technologie avec un laboratoire de recherche pour faire du prototypage rapide en 3D pour ma partie menuiserie. On m’a alors proposé des artistes qui eux aussi travaillaient sur cette thématique », précise Olivier Crancée. En immersion complète, Cristina Escobar conçoit son œuvre avec les matériaux de l’entreprise, la pierre et le bois. L’artiste s’est également plongée dans les archives de l’entreprise, honorable dame de 150 ans, pour que l’œuvre évoque et transpire l’entreprise.

Tout cela est remarquable, mais concrètement, qu’est-ce que la démarche apporte à l’entreprise ? N’est-on pas là dans le gadget ? Au mieux dans de la communication d’entreprise ? Pas pour Olivier Crancée. « Travailler avec un artiste, c’est pousser encore plus loin la compréhension de la créativité et de l’innovation. Ce que Cristina nous demande, nous ne l’avions jamais fait. Mais nous pouvons le faire ! Cristina nous pousse à explorer de nouvelles techniques. Cela nous amène également à mieux comprendre le processus de créativité. L’œuvre finale doit correspondre à sa vision. Nous devons accepter la vision du créatif et ne pas chercher à l’amener vers un compromis. Je vois dans notre collaboration un vrai enjeu stratégique pour l’entreprise. Il faut casser les lignes, car notre vision du métier est limitée. La faute aux habitudes et certitudes acquises. Les marchés évoluent vite et il faut être différentiant, chercher en soi des savoir-faire présents, mais non exploités. Pour cela, une seule solution : aller vers des gens qui ne sont pas de notre univers habituel ».

L’entreprise a l’habitude de travailler avec des créatifs sur un mode collaboratif, notamment avec des designers parisiens sur des projets de mobiliers. Mais là, c’est pousser l’expérience d’un cran. L’expérience a d’ailleurs déjà accouché d’une œuvre : sept stèles en pierre réalisées dans les ateliers de FRANCE LANORD ET BICHATON seront exposées à l’ENSA du27 septembre au 22 octobre 2014. Quant à l’œuvre finale, un prototype est sorti de l’atelier et des essais sont réalisés pour trouver les bonnes techniques qui permettront la réalisation de la version finale.

La rencontre entre l’art contemporain et l’entreprise a aussi un impact sur les équipes. « Les salariés vont développer une compréhension de la créativité qui leur permettra de répondre aux exigences inédites des clients ». Autre apport : le fun ! Il y a la fierté de co-construire une œuvre d’art, de découvrir un univers que les salariés ne connaissent pas. Une trentaine de collaborateurs se sont d’ailleurs rendus avec l’artiste à Art Basel, accompagnés de quarante jeunes. Une immersion dans l’entreprise pour l’artiste ; une immersion dans l’art contemporain pour les salariés. Avec, au bout du compte, de la performance pour l’entreprise !


Antoine Lefranc
Le 23-09-2014
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