Novembre 2018


L’énergie d’entreprendre contient tous les matins du monde

" La mort n'est rien pour nous " écrivait Epicure. Néanmoins, l'idée de la mort nous terrorise. C'est oublier que tout renaît... Laurent Quivogne nous le rappelle ici.

Dans un article paru au printemps, le site express.be rapporte les propos du physicien Roberto Lanza qui affirme que, la physique quantique en est garante, la mort est une illusion. Oserais-je dire que je n’ai pas vraiment compris la démonstration ; ou pas tout à fait cherché à la comprendre. Lecteur, tu feras ce que tu voudras, moi j’ai voulu m’en tenir à la bonne nouvelle, décidant de faire confiance à la science, et ainsi apaiser mes angoisses existentielles. Mais ce fut un échec. La peur de la finitude ne se maîtrise pas aussi facilement et ce d’autant plus qu’elle a de multiples visages : la fin de la vie, certes, mais aussi la fin du jour à laquelle les enfants sont particulièrement sensibles, la fin d’une rencontre, la fin d’un engagement, la fin d’un projet… Alors l’idée que quelque chose va continuer « après » n’est guère apaisante puisque, forcément, ce ne sera plus comme avant.

Et c’est aussi ce qui nous saisit dans nos entreprises. La possibilité de la fin nous est difficilement supportable, qu’il s’agisse du meilleur des cas – la cession à autrui – ou du pire – la liquidation judiciaire. Car même s’il y a des degrés dans le difficile – un gros chèque ou le tribunal de commerce – quelque chose meurt en nous à la fin de l’aventure. Mais ce qui est véritablement difficile, selon moi et selon les expériences que j’ai faites dans les deux cas, ce n’est point tant l’épreuve de la fin que la perspective de cette épreuve. Pas tant le dépôt de bilan que l’idée qu’il va falloir le faire ; pas tant la cession que l’idée que le moment est venu.

C’est là que nous ne sommes pas « raisonnables ». Nous savons que, d’ici quelques années, le monde aura traversé des bouleversements, comme il en a déjà traversé dans le passé : des métiers vont apparaître et d’autres vont disparaître ; des technologies de rupture vont détruire des pans entiers de l’économie et faire apparaître des secteurs nouveaux de sorte que chacun d’entre nous sait que, à un moment ou à un autre, les entreprises qui nous emploient ou que nous dirigeons, ne survivront pas en restant identiques à elles-mêmes. À quoi il faut ajouter l’anxiété des temps et sa litanie de mauvaises nouvelles, quelque chose qui tient non pas seulement à la finitude de chacun d’entre nous et de chacune des organisations auxquelles nous consacrons notre énergie, mais à la finitude du modèle global avec les problématiques de pics des ressources et de réchauffement climatique.

Nous savons toutes ces choses et, dans le même temps, ces choses ne sont pour la plupart que des conjectures ou des hypothèses, des menaces qui planent, mais qui ne sont pas encore avérées.

Ainsi, ce qui pèse aujourd’hui sur nos cœurs, ce ne sont peut-être pas ces défis, si impressionnants soient-ils ; ce n’est peut-être pas la fin proche d’une époque, les changements à venir, mais l’ombre qu’ils font porter sur nous. Comme la menace de la nuit, le soir qui tombe, fait s’allonger les ombres et réveille les peurs des enfants qui refusent de s’abandonner au sommeil, qui refusent de se laisser porter par le cycle de la vie.

Ce qu’il nous manque, c’est ce qu’il manque aux enfants qui ont peur du noir, c’est la confiance du matin ; la confiance que le jour succède à la nuit, que le printemps succède à l’hiver. L’hiver nécessaire qui permet à la nature de refaire des racines, d’éliminer les parasites.

La mort est une illusion et l’énergie d’entreprendre contient tous les matins du monde.

Laurent Quivogne
Le 25-09-2014
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