Juillet 2018


La multiplication des réseaux d’entreprises

L’économie collaborative émergente est loin d’être le seul fait de consommacteurs trouvant leur intérêt à se fédérer grâce à internet ; les dirigeants audacieux qui s’y engagent en confiance y gagnent tout autant. Au point que le fameux modèle « en réseau », est déjà sorti des ordinateurs pour se déployer de cent façons. Plus de 60.000 dirigeants ont décidé de la jouer collective.

Outil abolissant l’espace et le temps, reliant potentiellement chacun au reste du monde, internet est devenu le Grand Facilitateur et, de fait, le plus puissant accélérateur de changement ayant jamais existé. Mais s’il contribue largement au déploiement de toutes les pratiques collaboratives, celles-ci existaient naturellement avant lui.

Un peu d’histoire

Ainsi des réseaux d’entreprises et notamment des fameux districts italiens. Organisés en réseaux locaux, des milliers de petits entrepreneurs montrent depuis plusieurs siècles comment la coopération et une certaine solidarité peuvent juguler la concurrence sans nuire au bon fonctionnement économique. Sachant que les PME des districts assurent 40 % (!) de la production nationale italienne et pèsent autant dans l’emploi, difficile de qualifier le fait d’anecdotique. D’exception confirmant la règle ?... À partir des années 70, la recette va se trouver accommodée de diverses façons ; à la sauce américaine tout d’abord, dans la Silicon Valley, mais aussi au Brésil ou au Japon. En France, on vous parlera de « l’échec relatif » des PME Systèmes, hors cette vallée de l’Arve où 1000 TPE et PME ont créé le premier pôle d’excellence en mécatronique du pays. Arbre superbe, certes, mais qui ne doit pas dissimuler la forêt d’initiatives - et de réussites - se tenant derrière.

De la Datar aux clusters

Interpellée par l’exemple californien, la Datar lance en 1998 un appel à projets pour favoriser des Systèmes de Production Localisée regroupant plusieurs entreprises. 100 groupes sont sélectionnés et accompagnés, le rôle des institutions consistant à définir le cadre juridique et à animer. Six ans plus tard, en 2004, force est de constater « qu’on a mis le doigt sur quelque chose ». Qu’on nomme « pôle de compétitivité ». Il s’en constitue 71 en 2008 laissant deviner, en creux, les limites de l’exercice : de gros trous sur la carte, peu de PME-TPE et une innovation uniquement technologique. Nouvelle expérimentation autour de 126 « grappes d’entreprises » où l’innovation porte sur les pratiques et un champ de collaboration plus étendu : voici les clusters, plus de 150, aujourd’hui fédérés.

C’est « Mesure », dans le Val d’Oise regroupant 120 entreprises jadis plus ou moins concurrentes qui proposent aujourd’hui une offre complète dans le domaine des mesures. Mécaloire, à Saint-Etienne, où la coopération marche si bien que les membres du réseau se sont associés au sein d’une nouvelle entreprise (cas fréquent), Mécalink, pour conquérir d’autres marchés. C’est Eco-Energie où l’entreprise devient vraiment infinie (au sens de non-finie), les partenaires s’associant ici à 2, là à 3 ou à 5 pour aborder tel marché spécifique.

De l’audace à la confiance… à l’audace !

C’est Néopolia à Nantes où Pierre, l’un des 150 dirigeants associés explique : « Au départ, c’était surtout une sécurité,au cas les Chantiers de l’Atlantique nous lâcheraient. Mais de l’audace d’être allés les uns vers les autres a surgi la confiance qui, avec les premiers succès, s’est muée en davantage d’audace encore. On s’est dit, par exemple, que si on savait faire des hélices de bateaux, pourquoi pas des éoliennes ?!... ».

« Économie d’échelle, mutualisation, diversification, veille, formation, prêt de salariés, capacité et dynamique nécessaires pour se lancer dans l’export ou attaquer de gros marchés, réflexion, partage… les gains sont innombrables, résume Xavier Roy, directeur de Franceclusters, réseau des réseaux d’entreprises. Aujourd’hui, territoires et CCI soutiennent ces initiatives limitées par seulement 3 facteurs : la proximité physique, l’appartenance à un même secteur d’activité et la volonté de coopérer. Plus de 60.000 entreprises fonctionnent en réseau, représentant 1 million d’emplois. C’est peu encore, mais beaucoup plus déjà qu’il y a dix ans. Si cela reste fragile - tout repose sur l’humain - le 1+1 = plus que 2 y fonctionne même avec certains banquiers. Plusieurs réseaux avaient ainsi des problèmes de trésorerie et on a fait appel aux banquiers ; 5 nous ont reçus et… 2 nous ont suivis ; inventant pour nous soutenir des modalités nouvelles dans les facilités de caisse ! » Voilà qui donne confiance !


Jérôme Bourgine
Le 2-10-2014
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