Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le pouvoir des idées

Ray Kurzweil
"Je ne pense pas qu'il y ait d'émotion qui égale celle de l'inventeur lorsqu'il voit une création de son esprit devenir réalité", affirmait l'inventeur du courant alternatif, Nikola Tesla. Cette phrase, Ray Kurzweil l’a faite sienne. Ray Kurzweil est aujourd’hui un prospectiviste reconnu et influent. Il a été recruté en 2012 par Google où il occupe les fonctions de directeur de l’ingénierie chargé de transformer des idées en produits. Il est le chef de file du courant transhumaniste, mouvement prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains.


A l'âge de cinq ans, j'avais déjà cette idée en tête que je deviendrais un in­venteur. J'étais persuadé que les inventions pouvaient changer le monde. Tandis que d'autres enfants se demandaient à voix haute tout ce qu'ils allaient devenir, j'étais déjà sûr de savoir ce que je voulais être. Le vaisseau spa­tial que j'étais en train de construire (presque une décade avant le défi que le président Kennedy avait lancé à la nation) ne fonctionna pas. À l'âge de huit ans, mes inventions étaient un petit peu plus réalistes, comme un théâtre robotique avec des câbles mécaniques qui pouvaient déplacer les décors et les personnages de façon à ce qu'ils apparaissent sur scène, ainsi que des jeux de base-ball virtuels.


Après avoir fui l'Holocauste, mes parents, tous deux artistes, ont souhaité me fournir une éducation plus universelle, moins provinciale et religieuse. Le résultat fut que mon éducation spirituelle s'est faite dans une église unitaire. Nous passions six mois à étudier une religion - nous rendant aux services reli­gieux, lisant leurs livres saints, discutant avec leurs dirigeants - avant de passer à une autre. Le thème était «de nombreux chemins vers une seule vérité». Bien sûr, j'ai réalisé qu'il y avait de nombreux parallèles entre les multiples religions du monde, mais les différences étaient elles aussi intéressantes et significatives. Il était clair pour moi que les vérités simples étaient assez profondes pour transcender même les contradictions apparentes.


À huit ans, j'ai découvert la série des livres de Tom Swift Jr. L'intrigue de ses trente-trois livres (dont seulement neuf avait été publiés lorsque j'ai commencée les lire en 1956) était toujours la même : Tom se retrouvait en grave péril, ce qui mettait en danger sa vie et celle de ses amis, ainsi que, souvent, la destinée de l'humanité tout entière. Tom se réfugiait alors dans le sous-sol de sa maison et se mettait à pensera la meilleure façon de résoudre ce problème. C'était là la tension dramatique de chaque livre de la série : quelle serait l'idée ingénieuse de Tom et de ses amis pour sauver le monde ? La morale de ces contes était simple : la bonne idée a le pouvoir de vaincre même les problèmes les plus insurmontables.


Encore aujourd'hui, je reste convaincu de cette philosophie simple : peu im­porte les obstacles auxquels nous devons faire face - que ce soit un problème d'argent, un souci de santé, une relation difficile, ou les grands défis scientifiques, sociaux et culturels de notre époque -, il y a quelque part une solution qui nous permettra de les surmonter. Tout ce qui nous reste à faire, c'est de trouver cette idée, et lorsque nous la trouverons, de la mettre en oeuvre. Le pouvoir d'une idée est en lui-même une idée.


 À peu près à l'époque où je lisais les oeuvres de Tom Swift Jr, je me souviens que mon grand-père, qui avait lui aussi fui l'Europe avec ma mère, est revenu de son premier voyage de retour vers l'Europe avec deux souvenirs marquants. Le premier a été l'accueil cordial qu'il a reçu des Autrichiens et des Allemands, ce même peuple qui l'avait forcé à fuir en 1938. L'autre a été l'exceptionnelle op­portunité qu'il a eue de pouvoir toucher les manuscrits originaux de Léonard de Vinci. Ces deux souvenirs m'ont influencé, mais ce dernier est celui dont je me suis servi le plus souvent. Il décrivait cette expérience avec révérence, comme s'il avait eu en main une oeuvre de Dieu lui-même. C'était la religion dans laquelle j'avais été élevé : la vénération de la créativité humaine et du pouvoir des idées."


Extrait de Humanité 2.0, édité chez M21 en 2007.

Ray Kurzweil
Le 8-11-2014
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