Novembre 2018


Génération Y : en demande d'accompagnement

Rencontre avec Raphaëlle Camous, consultante indépendante spécialisée dans l'accompagnement des entreprises dans leurs projets à destination des publics jeunes.

Jeune Dirigeant : Comment pouvez-vous nous définir la Génération Y?

Raphaëlle Camous : Factuellement, la génération Y est constituée des personnes nées entre le début des années 80 et le milieu des années 90. Ce sont donc nos 18-34 ans.

Historiquement, le terme de "Génération Y" est apparu pour la première fois au début des années 90, dans un magazine américain à vocation marketing "Advertising Age", pour détailler les comportements de consommation de cette nouvelle génération. Dans les années 2000, le terme réapparait en France car les tout premiers "Y" arrivent en entreprise et suscitent de nombreux questionnements chez les DRH et managers.


JD : Quelles sont les spécificités de la génération Y pour que cela devienne aujourd'hui un sujet dans l'entreprise?

RC : Certains auteurs disent que c'est un non-sujet, mais plutôt un enjeu générationnel. Ils parlent de "culture Y", car tout le monde est de plus en plus connecté, et de plus en plus adepte du numérique. Il s'agirait donc plus d'un phénomène qui toucherait finalement une population bien plus large. Cela est une approche.

Je pense pour ma part qu'il y a réellement un phénomène générationnel dans le sens ou l'on pourrait parler de "génération numérique" car quelqu'un qui est né dans les années 90 a précisément grandi avec ces nouvelles technologies. Il y a d'autres marqueurs spécifiques à cette génération comme l'adaptabilité au changement, la flexibilité et le fait d'avoir aussi une grande capacité de travail, mais si ça les intéresse !


JD : Justement, comment est perçue aujourd'hui la génération Y par les dirigeants et les DRH ?

RC : C'est assez variable, certains retours sont plutôt négatifs. Je ne suis pas sûre que ce soit par rapport à la génération Y, mais par rapport aux jeunes en général. De tout temps d'ailleurs cette méfiance à l'égard des jeunes a existé. Socrate disait : "Notre jeunesse est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Ils sont tout simplement mauvais." Et c'était il y a plusieurs siècles!

Dans l'entreprise, les jeunes sont capables d'apporter une vision différente, d'enrichir la culture de l'entreprise, d'initier une approche collaborative dans le travail, d'être plus ouverts grâce à leur fonctionnement en réseau. Ils n'hésitent pas à parler des problèmes et souvent cherchent des solutions, quitte parfois à oublier la confidentialité requise pour le bon fonctionnement de l'entreprise. Néanmoins, la tendance à essayer de résoudre des problèmes en faisant appel à d'autres ressources est une preuve d'autonomie, de prise d'initiative.


JD : Alors, comment manager au mieux cette Génération Y ?

RC : Bien sûr, en fonction du type d'entreprise les comportements managériaux à adopter ne sont pas les mêmes, ceci lié notamment à la taille de l'organisation. Par exemple, pour une startup, le sujet est particulier car les jeunes sont entre eux et fonctionnent de la même manière. Il n'y a donc clairement pas de problème de management intergénérationnel. En revanche, pour une PME qui a des salariés appartenant à plusieurs générations, il est plus difficile de modifier le mode de fonctionnement déjà en place. Il y a des règles et le jeune doit forcément s'adapter. L'objectif est donc bien d'essayer d'intégrer au mieux ces jeunes, et idéalement il semble pertinent qu'ils permettent de faire évoluer le cadre sans casser tous les codes de l'entreprise.

Quand on recrute des jeunes -de la génération Y ou pas d'ailleurs-, l'objectif est d'insuffler une nouvelle énergie au sein de l'entreprise et de créer une dynamique nouvelle. Les jeunes peuvent apporter de nouvelles méthodes de travail, ils vont avoir une approche intuitive, un fort degré d'adaptabilité, soit autant d'éléments qui vont être bénéfiques pour l'entreprise. Néanmoins, l'entreprise doit leur proposer un cadre. Et cela tombe bien car c'est aussi une génération qui est en demande d'accompagnement. Je crois beaucoup au tutorat intergénérationnel qui permet d'une part d'expliquer le fonctionnement et la culture d'entreprise, et d'autre part pour les plus anciens, de mieux comprendre les "jeunes" et ce qu'ils peuvent apporter.

Les allemands le pratiquent depuis longtemps, mais eux n'ont pas assez de jeunes. A mon sens, cet accompagnement n'a d'intérêt que s'il n'est pas lié à un supérieur hiérarchique, mais plutôt à quelqu'un de la génération du dessus qui joue dans ce cas un rôle de grand frère. A l'inverse, le supérieur hiérarchique est là pour fixer le cadre et piloter le travail.


JD : Pourquoi définit-on la génération Y comme "agile"?

RC : C'est vraisemblablement l'un des points clés, il s'agit d'une population très souple et très flexible. Généralement ce ne sont pas les jeunes qui font de la résistance au changement, ils sont favorables à l'innovation.  Ces jeunes ont grandi avec les nouvelles technologies, ils apprennent en faisant, ils essayent. C'est le cas par exemple avec le mode d'emploi d'un appareil ou avec des logiciels. Ils sont capables de faire plusieurs choses en parallèle, ils sont multitâches. On parle aussi de la génération de la débrouille, prête à trouver des solutions. Pour toutes ces raisons, on peut affirmer qu'il s'agit d'une génération plus agile.


JD : Comment l'entreprise peut-elle parvenir à fidéliser cette génération Y?

RC : Il semble évident que l'entreprise doit s'adapter aux spécificités de la génération Y si elle veut la fidéliser. Ce que recherche avant tout cette génération c'est l'innovation et une bonne ambiance de travail. Les jeunes sont très mobiles et sont toujours prêts à partir. C'est probablement l'une des conséquences de la précarité imposée avec les nombreux stages et CDD. Il n'y a plus forcément de fidélité vis à vis de l'entreprise et les jeunes ne se sentent pas non plus redevables. Pour le dirigeant, cela veut donc dire faire des compromis pour s'adapter aux besoins de cette jeune génération en mettant en place un cadre de travail agréable et de la convivialité. Des choses simples finalement qui sont le meilleur moyen de fidéliser cette génération Y.


Propos recueillis par Olivier Dasse-Hartaut
Le 21-10-2014
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