Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le meilleur du socialisme et du libéralisme

Le premier prône la solidarité quitte à entraver l’initiative individuelle. Le second fait l’apologie de la liberté individuelle, qui parfois confine à l’égoïsme. Deux doctrines qui s’opposent, avec leurs bienfaits et leurs travers, et que nos politiques cherchent à marier. Mais peut-on unir la carpe et le lapin ? Socialisme libéral, social-libéralisme, démocratie sociale… on se perd en oxymores et en hypothèses sur une fameuse (fumeuse ?) troisième voie. À quoi pourrait ressembler l’alliance, ou la synthèse, entre le meilleur du socialisme et le meilleur du libéralisme ?

Cette alliance,Léon Bourgeois (1851-1925) l’avait déjà théorisée. Homme politique de premier rang sous la IIIe République, grande figure du radicalisme, premier président de la Société des Nations, prix Nobel de la Paix en 1920, président du Sénat, Léon Bourgeois eut à cœur d’esquisser les contours une philosophie de la solidarité qui s’oppose à la fois à l’individualisme des libéraux et au collectivisme des socialistes. Son nom : le solidarisme. Léon Bourgeois écrit ainsi en 1902 :

« Trois faits essentiels nous apparaissent tout d’abord :

1) L’homme vit dans un état de solidarité naturelle et nécessaire avec tous les hommes. C’est la condition de la vie.

2) La société humaine ne se développe que par la liberté de l’individu. C’est la condition du progrès.

3) L’homme conçoit et veut la justice. C’est la condition de l’ordre ».

Le solidarisme se veut ainsi le défenseur des petits, c’est-à-dire tout autant « l’ouvrier qui tous les jours cherche péniblement à gagner leur salaire » que « le petit commerçant, le petit boutiquier, le petit rentier ». Dans le solidarisme, la défense des plus faibles n’est pas prétexte à la lutte des classes. C’est même tout le contraire. « Le travail, l’intelligence et le capital ont besoin les uns des autres : leur association fait la richesse. Mieux ils s’entendent, plus chacun profite », proclame Léon Bourgeois. Ce dernier prône ainsi « une réciprocité entre les parties », chacune ayant sa « spécialité définie, mais convergeant toutes dans un effort commun ». L’effort commun dont parle Léon Bourgeois se caractérise par le refus de l’aide à sens unique, communément appelé aujourd’hui « assistanat ». L’effort commun est partagé par tous ; chacun à tour de rôle donne, reçoit, rend.

Des socialistes, Léon Bourgeois épouse les thèses prônant un État fort, dont le rôle est prépondérant en termes de régulation sociale. L’État garantit en effet par la loi les pactes de solidarité qui se nouent entre les citoyens. Ces pactes lient les générations entre elles tout comme les classes sociales ; ils nous mettent tous en dette les uns vis-à-vis des autres, « dette des jeunes envers les anciens, mais aussi dette des riches envers les pauvres ». Pour Bourgeois, « l’individu isolé n’existe pas », et donc personne ne peut dire qu’il est seul à l’origine de sa réussite. N’en déplaise aux libéraux, le lien social n’est pas pour les solidaristes constitué de calculs et d’intérêts, mais repose sur des échanges humains qui ne passent pas par le marché. « L’obéissance au devoir social n’est que l’acceptation d’une charge en échange d’un profit. C’est la reconnaissance d’une dette », écrit Léon Bourgeois.

Des libéraux, Léon Bourgeois partage l’idée de l’importance des libertés individuelles dans la société. Le pacte garantit également les libertés individuelles et le droit de propriété. Contre le marxisme, le solidarisme refuse de diluer l’individu dans la collectivité. « Nous marchons pour ainsi dire dans une voie opposée à celle du socialisme collectiviste, puisque nous disons : la collectivisation n’est pas le but du système de la solidarité ; ce qui est collectif pour nous, c’est le point de départ, c’est la société solidaire et nécessaire ; le but est individuel, c’est la liberté reconquise par l’acquittement de la dette sociale. De telle manière que la doctrine de la solidarité est le rachat de la liberté et de la propriété individuelle, elle est la justification même de la propriété libérée », précise Léon Bourgeois.

Utopique ?


Lionel Meneghin
Le 14-06-2016
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