Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le bonheur, désespéremment

Ce petit livre n’est pas récent. Il est la retranscription d’une conférence sur le bonheur donnée par le philosophe André Comte-Sponville, en 1999, et il a pour titre : Le Bonheur, désespérément. Mais il est réimprimé régulièrement.

" Qu'est-ce que je serais heureux si j'étais heureux ! " formule de Woody Allen dit peut-être l'essentiel : que nous sommes séparés du bonheur par l'espérance même qui le poursuit. La sagesse serait au contraire de vivre pour de bon, au lieu d'espérer vivre. C'est où l'on rencontre les leçons d'Epicure, des stoïciens, de Spinoza, ou, en Orient, du Bouddha. Nous n'aurons de bonheur qu'à proportion du désespoir que nous serons capables de traverser. La sagesse est cela même : le bonheur, désespérément."


En cette période troublée, en ce moment de crise profonde, où beaucoup de nos concitoyens se disent pessimistes, lire ou relire cet ouvrage, très facile d’accès et très peu onéreux, est un exercice salutaire. André Comte-Sponville y rappelle d’abord que si le bonheur est bien le but que chacun poursuit dans sa trop courte vie, il faut le chercher en nous-mêmes, ici et maintenant, et non l’attendre des autres, dans un avenir proche ou lointain. Car, comment être heureux, quand on « espère » toujours que cela va arriver. Et le philosophe de citer Pascal : « Ainsi nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »


L’espoir du bonheur recule indéfiniment son arrivée, à la mesure de notre désir qui cherche à satisfaire un manque. Mais quand celui-ci est comblé, nous ne sommes pas plus heureux, puisqu’il faut un nouveau désir pour nourrir notre attente.C’est d’ailleurs sur cet aiguillon du désir toujours insatisfait que fonctionne notre système capitaliste qui s’emballe aujourd’hui dans le toujours plus. Il faut donc essayer d’en finir avec l’espérance que l’auteur définit comme : « un désir qui porte sur ce qu’on n’a pas (un manque), dont on ignore s’il est ou s’il sera satisfait, enfin dont la satisfaction ne dépend pas de nous : espérer, c’est désirer sans jouir, sans savoir, sans pouvoir. »


Ainsi, la seule façon de vivre le bonheur, c’est de cesser de l’espérer – d’où le titre –, en apprenant, selon la sagesse épicurienne, à ne vouloir que ce qui dépend de nous, à n’aimer que ce qui est, à n’agir que là où nous pouvons agir. « Le bonheur,conclut André Comte-Sponville, n’est pas un absolu, c’est un processus, un mouvement, un équilibre mais instable (on est plus ou moins heureux), une victoire, mais toujours fragile, toujours à défendre, toujours à continuer ou à recommencer. »


André Comte-Sponville, Le Bonheur, désespérément, Librio, 2000, 90 p., 2€


La rédaction
Le 9-11-2014
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