Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Christophe André : " Prenez soin de vous "

Photographie de Christophe André par Jean-Luc Bertini / Pasco and Co.
Le 18 novembre se tiendra au CJD des Hauts-de-Seine une conférence ouverte à tous avec Christophe André. Psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, au sein d’une unité de psychothérapie comportementale et cognitive, spécialisée dans le traitement et la prévention des troubles émotionnels, anxieux et dépressifs, Christophe André est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur l’estime de soi, la psychologie positive, les émotions et les peurs, ainsi que la méditation ; notamment « Méditer jour après jour » et ses derniers ouvrages : « Et n’oublie pas d’être heureux » et, coécrit avec Martin Steffens, « Qui nous fera voir le bonheur ? »

Jeune Dirigeant : Christophe André, quel est votre regard sur l’entreprise ?

Christophe André : Je viens d’une famille de tradition communiste, qui fréquentait assidûment les fêtes du PC. C’est dire si je n’ai pas été élevé dans le culte des entreprises ! Depuis, j’ai été amené à les connaître, notamment parce que je suis expert à l’APM[1]. J’ai même eu moi-même une expérience dans l’entreprise en étant associé dans une entreprise spécialisée dans le conseil sur les risques psychosociaux. Aujourd’hui, je porte un regard admiratif sur l’entreprise, qui apporte du travail à la société. Avec mes mots de médecin, l’entreprise est le « muscle » du pays.

Je trouve que les chefs d’entreprise sont, bien plus souvent qu’on ne l’imagine de l’extérieur, des gens sympathiques et attachants. Ils connaissent les difficultés du réel et du terrain et ils les affrontent. Mon expérience est plutôt à rebours de l’image traditionnelle du chef d’entreprise profiteur.


JD : De votre point de vue de psychologue, quels sont les problèmes spécifiques des chefs d’entreprise ?

CA : Ils ont les problèmes de tous les décisionnaires : il leur est souvent difficile de faire la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle ; ils se sentent responsables du destin de leur entreprise et des gens qui y travaillent. Cela génère beaucoup de solitude et d’isolement, c’est pourquoi ils ont beaucoup de plaisir à se retrouver entre pairs, pour de la convivialité ou du soutien réciproque, comme je le constate dans les clubs où j’interviens.

D’un autre côté, ils ont les mêmes problèmes que tous les gens qui sont passionnés par leur travail : plus le travail est intéressant, plus il est potentiellement envahissant.


JD : Vous allez intervenir au CJD devant un public de dirigeants : constituent-ils un public particulier ?

CA : Ce sont de fortes personnalités, un public exigeant. Quand on intervient, on a intérêt à avoir du fond, sinon on risque de les voir s’endormir ! En effet, les dirigeants passent facilement de la veille active au sommeil et savent peu se tenir dans une veille attentive.


LQ : Êtes-vous déjà intervenu auprès de dirigeants pour les faire méditer ?

CA : Oui. J’y arrive grâce à des prescripteurs internes qui méditent eux-mêmes et qui ont pu les convaincre de la démarche car c’est une population à qui il faut des preuves. Les chefs d’entreprise d’aujourd’hui sont plus réceptifs qu’autrefois, la psychologie devient plus importante dans l’entreprise. Néanmoins, découvrir que l’inaction peut parfois être féconde, est une vraie surprise pour eux. Ils envisagent souvent de mettre en pratique ces techniques dans l’entreprise pour le bien-être des salariés, et par suite, la santé de l’entreprise.


JD : Si vous aviez trois conseils à adresser aux chefs d’entreprise, quels seraient-ils ?

CA : Ce serait en toute prudence et en toute humilité, car je n’ai jamais été chef d’entreprise ! Mais j’aimerais leur dire « prenez soin de vous, de votre esprit et de votre moral, car :

1) que vous le vouliez ou non, vous êtes un modèle pour vos collaborateurs : ils vous observent, et vos émotions comme vos attitudes seront contagieuses ; mieux vaut être positif dans ce cas.

2) il n’y a pas que le stress dans la vie ! Toutes les études montrent que votre bien-être vous rend plus performant, plus créatif, plus ouvert à la nouveauté et capable d’en faire quelque chose. N’attendez pas que le stress vous submerge, faites de la prévention et cultivez vos capacités positives.

3) non seulement vous, vos collaborateurs et votre travail en bénéficieront, mais aussi vos proches : être la famille d’un dirigeant ne doit pas signifier éponger tous ses soucis, mais aussi avoir le droit de récupérer une personne en bon état, capable de se réjouir et de savourer la vie avec ses proches. »

Pour plus d’information sur la conférence au CJD de Christophe André le 18 novembre 2014,rendez-vous sur le site.



[1] APM : l’APM est un réseau qui regroupe 6500 dirigeants désireux de se perfectionner par une pédagogie innovante ; les experts apportent du contenu et suscitent la réflexion.


Propos recueillis par Laurent Quivogne
Le 24-10-2014
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