Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


L’entrepreneuriat dans tous ses états

Le dossier du dernier numéro de Jeune Dirigeant est dédié à l’entrepreneuriat sous toutes ses formes. L’entrepreneur, ce patron des temps modernes, méritait qu’on lui consacre un peu d’attention.

Exploitant sans vergogne son prochain, à la fois cupide et malhonnête, le patron fait toujours figure de fieffé salaud dans l’opinion publique. Mais à côté de lui, une nouvelle figure émerge et réussit à cristalliser autour d’elle un certain engouement : celle de l’entrepreneur. Ernest-Antoine Seillière, en transformant en 1998 le Conseil National du Patronat Français (CNPF)en Mouvement des Entrepreneurs de France (MEDEF), a pris acte de ce phénomène au sein de la société française. Pour changer la réalité, commençons par changer les mots. Plus qu’une une habile pirouette rhétorique, ce changement de nom témoigne de la conversion des Français à l’esprit d’entreprise. Adieu les patrons ; longues vies aux entrepreneurs.


SURHOMME

L’entrepreneur, ce patron des temps modernes, se voit aujourd’hui reconnu dans sa fonction de créateur de richesses et d’emplois. Voilà qui contribue à auréoler son image. Défiant les risques et à affrontant l’incertitude du marché, l’entrepreneur apparaît bien comme ce « surhomme » que voyait en lui Joseph Schumpeter.

Cette vision idéalisée de l’entrepreneur agit sur les représentations des jeunes. Selon un sondage déjà ancien[1], 47 % des jeunes affirmaient vouloir un jour créer leur entreprise (1 % seulement passent à l’acte). D’autres sondages[2] montraient au contraire que 73 % d’entre eux souhaitent embrasser les carrières de la fonction publique, non par vocation de servir l’État, mais par volonté assumée de bénéficier de la sécurité du statut de fonctionnaire. Quels enseignements tirer de ces sondages contradictoires ?


LOIN DE LA COUPE AUX LEVRES

D’abord que les sondages servent à prouver tout et n’importe quoi. Ensuite qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Nous nous rêvons entrepreneurs, mais le réel nous rappelle implacablement à l’ordre. Il y a le cœur et la raison. La raison, c’est celle qui nous commande qu’un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras », que demain sera sans doute pire qu’aujourd’hui, que ne pas échouer importe plus que de réussir. Le cœur, c’est celui qui nous pousse à transformer de simples intuitions en certitudes absolues, à nous accrocher aux raisons d’espérer plutôt qu’à celles qui devraient nous convaincre d’abandonner, à préférer une liberté fragile à une sécurité mortifère. L’esprit d’entreprise, c’est ce souffle qui, chez l’individu, assure vaille que vaille, coûte que coûte, le primat du cœur sur la raison sans toutefois l’éteindre. Car entreprendre suppose évidemment de s’en remettre à des éléments rationnels, méthodiques, objectivables, quantifiables.

Si l’entrepreneuriat a le vent en poupe aujourd’hui en France, c’est parce que dans une société bloquée et durablement en crise, il représente un espoir. L’espoir, contre la fatalité du chômage, de créer son propre emploi… voire plus. L’espoir, contre la panne de l’ascenseur social, d’accéder à une forme de reconnaissance… voire de réussite. L’espoir, contre des modes de management oppressants, d’obéir à la loi qu’on se donne soi-même (autonomie)… voire d’exprimer sa créativité.


AFFAIRE DE COMPETENCES

Nous nous rêvons entrepreneurs, parce qu’au plus profond de nous-mêmes, nous désirons exercer une vie à la première personne, imprimer un tant soit peu notre volonté sur les événements plutôt que de subir leur joug. Et il n’y a souvent pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre l’espoir d’une telle vie et le miroir aux alouettes.

Les différences entre l’échec et la réussite, entre l’aveuglement et la lucidité, ne tiennent pas simplement à la force de l’envie ou du courage. Elles trouvent également leur origine dans les compétences que l’entrepreneur saura mobiliser pour concrétiser son projet. Compétences qu’il devra périodiquement réactiver pour permettre à l’entreprise de se réinventer.

Entreprendre est une affaire de compétences. C’est le message révolutionnaire du Centre des Jeunes Patrons, qui, à sa création en 1938, affirme que le patron tire sa légitimité de ses compétences, et non de son simple statut. Au Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise, c’est cette idée qui a présidé à l’élaboration en 2000 de Copernic, le parcours de professionnalisation au métier de dirigeant-entrepreneur. Si entreprendre est une affaire de compétences, c’est une bonne nouvelle : cela signifie que c’est un métier qui peut s’apprendre. Ainsi armé, l’entrepreneur peut trouver sa voie et tracer son chemin. 



[1] Sondage OpinionWay « Les moins de 30 ans et l’esprit d’entreprise », réalisé à l’occasion du Salon des Entrepreneurs en 2010.

[2] Sondage Ipsos/Logica Business Consulting réalisé en 2012 auprès de jeunes de 15 à 30 ans pour emploipublic.fr et Le Monde


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Lionel Meneghin
Le 3-11-2014
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