Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Apprentissage : un pas en avant, trois pas en arrière

Etienne Barilley
Objectif 500.000 apprentis par an (contre environ 420.000 actuellement) : telle était l’une des ambitions du Chef de l’État il y a 18 mois pour lutter contre le chômage des jeunes. Le 19 septembre dernier, en guise de preuve, le Gouvernement décidait l’octroi d’une prime de 1000 euros pour toute embauche d’un apprenti dans une entreprise de moins de 250 salariés. Or, si pour les acteurs de terrains, les enjeux financiers comptent, ils ne suffisent pas à relancer l’embauche de jeunes en apprentissage.

Dans un contexte pareil, mon entreprise – comme celles de nombre de mes confrères — n’est plus capable de proposer de contrats en apprentissage. Et, si nous ne pouvons plus accueillir les Jeunes et leur offrir les connaissances du terrain, quel niveau de qualification trouverons-nous demain sur le marché ?

Près d’un jeune sur quatre cherche un emploi. L’urgence n’est plus anecdotique. Au chapitre des solutions, l’apprentissage continue d’apparaître comme la voie d’excellence pour l’insertion professionnelle. D’un côté, les jeunes acquièrent simultanément théorie et savoir-faire. De l’autre, les entreprises font émerger les talents et repèrent leurs futurs collaborateurs.

Alors, si tout le monde y gagne, pourquoi les gouvernements successifs s’évertuent-ils à multiplier les freins et contraintes ?


La question de l’encadrement du travail des mineurs

Si, dans les discours, le Gouvernement nous encourage à embaucher en Apprentissage, dans les faits il nous envoie des signaux contraires.En pratique, l’âge légal d’entrée en apprentissage est fixé à 16 ans. Le jeune intègre la filière de son choix avec pour objectif, à l’horizon 3 ans, l’obtention du bac professionnel. Or, à force de chercher à protéger les mineurs, le droit du travail bride leur insertion dans le marché du travail :

— interdiction de faire des heures sup pour les mineurs

— interdiction de leur confier des missions « dangereuses » comme monter sur un échafaudage, même aux normes !

— notation de la performance des établissements scolaires – y compris ceux proposant des filières professionnelles en apprentissage — selon le nombre de baccalauréats obtenus dans les filières générales !

— suppression de l’avantage fiscal pour les entreprises de plus de 10 salariés !


D’inévitables conséquences :

D’un point de vue sociétal :

— au lieu de redorer l’image des filières professionnelles, on continue de les dévaloriser. Pour l’essentiel, les Jeunes qui s’y engagent, les choisissent encore par défaut.

De manière plus empirique :

  • Nos clients industriels refusent, par peur de l’accident, que des mineurs travaillent chez eux.

  • Si nous ne pouvons déroger aux grilles horaires pour les mineurs, même en cas d’urgence de terrain, comment les intégrer aux équipes sur des chantiers ? Doit-on rappeler que l’objet premier d’une entreprise reste de répondre à ses clients et de fournir des produits ou des services ?

  • Nous ne pouvons financer – encore moins répercuter sur nos clients — le temps passé dans les transports par un salarié qui raccompagnerait l’apprenti dans les locaux de l’entreprise à heure prédéfinie.

Comment donc concilier réalités professionnelles et contraintes réglementaires, quand l’encadrement du travail des mineurs éloigne autant du terrain ? Comment, par exemple, former aux métiers du bâtiment quand les jeunes ne peuvent ni monter sur une échelle, ni utiliser d’outils électriques ? La définition de l’apprentissage est « l’acquisition desavoir-faire, de savoirs ou de connaissances parl’expérience ». Laissons-nous enseigner aux jeunes, en conciliant leur sécurité et leur bien-être et la réalité des métiers et de l’entreprise !


Etienne Barilley est dirigeant de l’entreprise Rejelec, société de 15 salariés, spécialisée dans l’électricité industrielle, et membre du Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise à Strasbourg.

Etienne Barilley
Le 28-11-2014
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