Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Nantes, 20 ans avant…

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En 1992, le congrès national s’était déjà tenu à Nantes, sur le thème de « l’entreprise citoyenne ». Toujours engagé dans différentes instances patronales, toujours JD dans l’âme, le président d’alors, Alain Brunaud, accepté de revenir sur cette période de sa vie.

Dirigeant : Comment avez-vous vécu votre engagement de président national du CJD, il y a maintenant 20 ans ?

Alain Brunaud : Je m’en souviens comme une forte période d’engagement et de mobilisation de ma réflexion. En étant nommé président, on devient de fait la conscience du mouvement ce qui rend, d’une certaine manière, plus « intelligent ». La responsabilité que l’on porte, le fait d’être constamment sollicité pour intervenir obligent à être plus attentif à ce qui se passe dans la société, à mieux décoder l’information, à élever son niveau de conscience.

L’image que j’en garde est celle du sculpteur : il se trouve devant un bloc de matière brute et doit progressivement en dégager des formes. Ce bloc, durant mon mandat, c’était l’idée encore confuse d’« entreprise citoyenne ». La première année, nous avons avancé en tâtonnant, en suivant des fausses pistes. Ça a été une période de mûrissement. Et finalement, le congrès a permis de faire émerger une première forme un peu cohérente de la glaise. Beaucoup de participants sont d’ailleurs venus me voir durant le congrès en me disant : « on a enfin compris de quoi il s’agissait ! »

D. : Pensez-vous avoir laissé une trace de votre passage ?

A. B. : Si j’ai apporté quelque chose, c’est sans doute d’avoir contribué à faire émerger ce concept d’entreprise citoyenne qui, à l’époque, était encore très nouveau. Et la charte de l’entreprise citoyenne que nous avions rédigée me paraît garder une réelle actualité et une certaine pertinence, même si, bien sûr, les idées qu’elle porte se sont largement diffusées depuis.

En la relisant, pour cet entretien, j’ai pris conscience que nous avions été très « anticipateurs » et que les questions que nous avions soulevées n’ont fait que s’accentuer avec la mondialisation et la course au profit. Le problème de la mise en œuvre reste difficile, car le combat est de plus en plus rude entre les dirigeants qui sont sur cette pente éthique et ceux qui jouent le court terme et la rentabilité maximale.

D. : Avez-vous essayé de faire de votre entreprise (concessions et réparations de poids lourds, 160 collaborateurs), une entreprise citoyenne ?

A. B. : C’est une lutte continuelle ! Mais je crois que mon « éthique JD » s’est renforcée, surtout dans le management des hommes. Je tente en particulier d’appliquer le premier principe de la charte qui dit que « la première responsabilité de l’entreprise citoyenne est de rendre les hommes autonomes et responsables ». Ce qui me motive, me fait plaisir, même, c’est de repérer des individus un peu fragiles, parfois au bord de l’exclusion, et de leur permettre de se développer et de s’épanouir. Je suis heureux d’avoir pu rattraper ainsi des jeunes qui n’étaient pas loin de basculer du mauvais côté, en leur faisant confiance, même si, bien sûr, j’ai eu aussi des échecs.

D. : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le CJD ?

A. B. : Je n’observe plus de très près ce qui s’y passe, il m’est difficile de porter un jugement. Il me semble, avec le recul, que la fonction principale du CJD, c’est la formation. Il est donc voué à un éternel recommencement. Les dirigeants qui y passent se réapproprient les questions essentielles et labourent toujours un peu le même champ, en traçant les sillons différemment. C’est sa force parce qu’il est une vraie école de management pour ses membres et qu’il leur apporte une grande richesse intérieure. C’est peut-être aussi sa faiblesse, en termes d’influence. J’ai le sentiment que son rôle contestataire, iconoclaste est actuellement moindre. La plupart des thèmes sur lesquels il travaille sont passés dans le domaine public, en quelque sorte. Le Medef lui-même a des actions sur l’exclusion, sur le développement durable, la performance globale. Il a donc un peu plus de mal à se différencier, à apporter des idées nouvelles.

Mais, à sa décharge, il faut rappeler que le monde a radicalement changé depuis 20 ans. Les forces économiques se sont largement déplacées. Le CJD, la France, l’Europe même, c’est tout petit. Les grandes décisions économiques se prennent ailleurs. Il est difficile, pour un mouvement comme celui-ci, d’exercer l’influence qu’il pouvait encore avoir dans un système plus fermé, plus franco-français, et de prétendre pouvoir changer le monde. Cela n’empêche pas de continuer à agir là où c’est possible, sur le changement de nos modes de consommation, par exemple, ou sur l’exclusion, qui est un problème central de notre société, des sujets qui, je pense, sont sous-jacents au thème de ce congrès de Nantes 2010.

Bruno Tilliette
Le 11-06-2010
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