Novembre 2018


Se libérer du travail ou libérer le travail ? (2/2)

L’épuisement au travail, la perte de sens, l’absence de reconnaissance, tout cela n’est pas une fatalité. Il s’agit de prendre du recul sur la logique qui, ces trente dernières années tout particulièrement, a été celle de notre économie. Pour tenter de l’enrayer.

Trois éléments de réflexion

1. Quel est le sens de la performance ? Ne peut-on pas abandonner cette seule logique, dont on n’épuise jamais le fond, pour celle des besoins ? Par exemple, il faut repenser un modèle de gestion qui intègre les notions de qualité de vie et de développement solidaire. C’est la vocation du CJD : mettre l’économie au service de l’Homme et non l’asservir.

2. Deux concepts ont été portés au pinacle depuis les années 1980 : autonomie et responsabilité. On demande aux salariés d’être plus responsables et plus autonomes et parallèlement, on développe et renforce sur eux tout ce qui est évaluation, reporting et contrôle. Sources de nombreuses incompréhensions et surtout de profondes souffrances.

3. L’entreprise reste le lieu où chacun « gagne sa vie ». Et c’est déjà beaucoup. Or, l’entreprise moderne entend réconcilier l’homme et la production ; elle se prétend le lieu ou l’individu peut se réaliser. C’est une illusion patronale, un déplacement d’affect d’une personne à une autre, ce qu’on appelle en psychanalyse « l’effet de transfert ». Parce que le patron peut trouver des éléments de réalisation dans « sa » boîte, il en déduit souvent que les autres hommes ou femmes de l’entreprise fonctionnent sur le même modèle.


L'exercice de la démocratie

S’engager dans ces réflexions, leur donner un peu de consistance dans les pratiques managériales, ce n’est pas dévaloriser le travail. Car dévaloriser le travail, c’est – en un certain sens – dégrader la société tout entière. Pour le psychiatre et psychanalyste Christophe Dejours, « les règles du travail sont toujours aussi des règles sociales. Une organisation du travail qui marche, c’est une organisation dans laquelle les règles passent par l’apprentissage et l’exercice de la démocratie dans l’entreprise. Mais bien évidemment, si vous n’apprenez pas la démocratie au travail, vous y apprendrez l’asservissement, la discipline aveugle, le consentement à des actes que vous réprouvez, etc. Il n’y a donc pas de neutralité du travail par rapport au politique, et plus les gens sont engagés dans l’espace public interne à l’organisation du travail, plus ils sont impliqués dans la vie de la cité et s’ouvrent aux questions qui mettent en jeu autrui, et le bien commun. Par contre, plus ils renoncent à s’impliquer dans cet espace de confrontation et de discussion dans l’organisation du travail et plus ils se replient dans la sphère privée, adoptant des stratégies fortement individualistes, résultats défensifs d’un certain désenchantement » (Interview à Mag Philo). A méditer.

Lionel Meneghin
Le 30-12-2014
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