Juillet 2018


Prise de parole en public : les deux écueils à éviter

Quand nous devons prononcer un discours , nous avons souvent tendance à vouloir trop bien faire. Pour conjurer le trac ou par perfectionnisme. Immanquablement, nous finissons par mal faire. Pour retrouver la sérénité et l’efficacité, il convient prioritairement de corriger deux travers.

1 — Trop préparer son intervention

Tout le monde s’accorde à dire qu’une intervention réussie (« impactante », pour parler comme les professionnels de le com ») passe nécessairement par une phase de préparation importante. C’est vrai. Il est même conseillé de rédiger le discours à la virgule près. L’étape suivante consiste à connaître le texte sur le bout des doigts.Derrière le « par cœur », nous nous estimons à l’abri de toute contre-performance. Erreur ! Une objection venant de l’assemblée, un trou de mémoire… et l’intervention tombe à plat ou coule à pic.

Une intervention devant un auditoire doit toujours laisser une place à l’improvisation. « Savoir par cœur n’est pas savoir : c’est tenir ce qu’on a donné en garde à sa mémoire. Ce qu’on sait droitement, on en dispose, sans regarder au patron, sans tourner les yeux vers son livre », affirmait Montaigne dans sesEssais.Ânonner notre discours nous coupe de ceux auxquels nous sommes censés nous adresser. On ne peut, au même moment, être à la fois l’auteur et l’interprète de son discours.
Pour remédier à cet écueil – et c’est peut-être là le plus difficile —, il faut savoir se faire confiance. Une connaissance approfondie du sujet et un « simple » fil conducteur suffisent pour surmonter l’exercice dans de bonnes conditions.« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Rien de plus juste que cette formule célèbre de Boileau quand il s’agit de discourir. Improviser tout en sachant où l’on va, prendre ses distances avec son texte pour se rapprocher de son auditoire, voilà ce vers quoi doit tendre tout orateur soucieux de se perfectionner.


2 — Penser que certaines attitudes sont purement et simplement rédhibitoires

Croiser les bras, c’est signifier son opposition au groupe, et même son hostilité. Les ranger le long du corps, c’est faire montre de sa rigidité. Mettre ses mains dans les poches, cela peut être interprété comme du je-m’en-foutisme… Ceux qui parmi vous ont déjà suivi des stages de prise de parole en public ont pu expérimenter cela. Ils savent que certaines attitudes sont prohibées.Les formateurs pointent les défauts à corriger pour mettre en cohérence le message que l’on véhicule et l’image que l’on donne. Face à un auditoire, il y aurait donc une bonne façon de se tenir et une bonne manière de dire, c’est-à-dire un ensemble d’éléments codifiés à respecter impérativement. « C’est pas faux », dirait Perceval de la série humoristique Kaamelott. Mais cela mérite d’être nuancé.

Ce qui compte avant tout quand on s’exprime devant un public, c’est la sincérité. Cette sincérité est obtenue parla triple coïncidence de ce que l’on est, de ce que l’on donne à voir et de ce que l’on dit.
Éviter à tout prix de singer des postures aussi attendues qu’artificielles, ne ressembler à personne d’autre qu’à soi, voilà la règle. Portons notre attention vers ce qui importe vraiment : l’auditoire et la manière dont il réagit.Il est donc convenable, décent, approprié de s’adresser à un public les bras croisés ou les mains dans les poches. À condition cependant de ne pas ancrer cette attitude dans la durée.Il en va de nos gestes comme de nos paroles : certains se transforment en tics. À chacun d’entre nous de les apprivoiser pour se soustraire à leur pernicieux pouvoir. Ce qui est à bannir, c’est plus la persistance de certaines attitudes plutôt que ces attitudes elles-mêmes.


Tout cela se travaille par la confiance en soi et l’estime de soi. Ces dernières peuvent naître d’un simple constat qui agit souvent comme une révélation : quand nous prenons la parole devant un groupe, les personnes auxquelles nous nous adressons sont plus bienveillantes que nous ne l’imaginons. Une bienveillance bien supérieure à celle dont nous faisons preuve envers nous-mêmes…


Lionel Meneghin
Le 15-12-2014
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