Juillet 2018


Apprendre à bien juger... grâce à Guillaume d'Ockham

Guillaume d'Ockham
Guillaume d’Ockham (1285 – 1347) est un moine franciscain, grande figure de l’école scolastique du Moyen Âge, philosophe et théologie anglais, appelé, ce qui t’indiquera mieux que des mots, lecteur, la réputation du personnage : le Docteur invincible ou le Vénérable initiateur.

Il est célèbre aujourd’hui pour un aphorisme, qui reprend cependant une chose déjà exprimée avant lui, appelé le rasoir d’Ockham, un aphorisme qui dit une chose si puissante, si importante que Guillaume est considéré comme le père de la science moderne. Certains se souviennent peut-être du héros du Nom de la rose, le roman de Umberto Eco, héros interprété à l’écran par Sean Connery et dont le prénom est un hommage de l’auteur à notre moine, Guillaume de Baskerville, dont l’une des premières répliques est : « il ne faut pas multiplier les explications et les causes sans qu'on en ait une stricte nécessité.» La citation exacte est : « Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité.»[1]

Tout cela reste obscur ; nous pourrons donc préférer l’habituelle transcription : « les hypothèses suffisantes les plus simples sont les plus vraisemblables ». Autrement dit, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple[2] ?

Cela peut paraître anodin, mais cela ne l’est pas ; la philosophie de Guillaume d’Ockham lui valut son excommunication. Nous pouvons en comprendre les raisons ; l’adage a pour conséquence, par exemple, qu’entre deux hypothèses pour expliquer un fait, nous devons prendre la plus simple ; et donc que ce n’est pas parce qu’une hypothèse explique un fait, qu’elle est vraie, puisqu’il s’en trouve peut-être une autre, plus simple, pour le faire. Or, l’existence de Dieu est une hypothèse énormément compliquée. La philosophie logique de Guillaume d’Ockham, dont cet adage est l’étendard, pouvait à l’époque sembler comme une remise en cause de la foi catholique.

En pratique, le rasoir d’Ockham est une mise en garde contre l’induction, ce principe qui permet de remonter des conséquences aux causes : elle ne fait pas son travail, donc elle est feignante ; il fait beaucoup d’erreurs donc il est incompétent. Ce principe, contrairement à la déduction, qui va des causes aux conséquences et suit le cours normal de la causalité, est proscrit en science comme méthode de preuve ; il est accepté pour poser des hypothèses qui ont vocation à être vérifiées et confrontées à d’autres hypothèses alternatives. Peut-être qu’elle ne fait pas son travail pour d’autres raisons, parce qu’elle est souffrante, parce que ce travail est contraire à son éthique, parce qu’elle juge ce travail improductif ou dégradant, que sais-je encore ?

Aussi, la prochaine fois que tu t’apprêteras à formuler un jugement, cher lecteur, songe à Guillaume d’Ockham et à son rasoir ; questionne-toi sur le lien de causalité que tu utilises ; interroge-toi sur le sens de celle-ci : fais-tu de la déduction ou de l’induction ? Y a-t-il seulement un lien de causalité entre la situation et l’hypothèse que tu fais et que vas-tu mettre en œuvre pour vérifier ton hypothèse ?



[1] La citation originale est évidemment en latin, mais j’aurais grand peine à me prétendre latiniste ; pour ceux qui le sont : «Pluralitas non est ponenda sine necessitate. » Elle est d’ailleurs aujourd’hui considérée comme une reprise d’une parole d’Aristote : « C'est en vain que l'on fait avec plusieurs ce que l'on peut faire avec un petit nombre. »

[2] Bien que les shadoks, et leur génial inventeur Jacques Rouxel, pensent le contraire : « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »

Laurent Quivogne
Le 21-01-2015
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