Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Economie sociale et solidaire : au profit de l'intérêt général !

Emeraude voile solidaire
L’Économie sociale et solidaire : avec la nouvelle loi, le législateur a l’ambition de réunir sous une seule appellation un ensemble hétéroclite d’entrepreneurs. Une entreprise, même estampillée ESS, est avant tout une entreprise, c’est-à-dire un lieu de production de biens ou de services, mais avec une conception différente de la gouvernance de l’entreprise (elle doit être démocratique), de la répartition des bénéfices (ils sont réinvestis dans l’entreprise), de la constitution de réserves impartageables, de la double appartenance de ses membres. Qu’est-ce qui fait courir ces entrepreneurs qui se veulent différents, mais veulent être traités… comme les autres ?

À Dinard, un catamaran pourrait presque passer inaperçu parmi les nombreux bateaux de la baie. Sauf qu’Emeraude Voile Solidaire emmène à son bord des personnes en souffrance : handicapés, enfants malades, chômeurs de longue durée, dépressifs, personnes âgées et seules. « Ces sorties en mer peuvent requinquer tous ces accidentés de la vie, explique Yann Bucaille, président de Emeraude Chimie International. Je suis un gâté de la vie et je veux rendre aux autres ».Multi-entrepreneur, féru de navigation à la voile (Transat, America’s Cup ), à la barre de son entreprise de négoce de produits chimiques (transportés par bateaux !) à destination de l’Afrique,Yann Bucaille n’est pas peu fier de son association, Emeraude Voile Solidaire, créée il y a 10 ans avec sa femme Lydwine. “Être entrepreneur sans le partage cela ne marche pas, c’est aussi être au service de la société, créer des emplois, de l’espoir et de l’entraide”. Pour cet entrepreneur, l’Economie Sociale et Solidaire n’a pas le monopole du cœur. Mais de plus en plus de créateurs d’entreprises tiennent à être estampillés ESS, trois lettres synonymes d’une entreprise du troisième type. Tout les conforte dans ce choix : une loi-cadre, des prévisions(pour faire face aux départs à la retraite, l’économie sociale et solidaire (ESS) devrait recruter 600 000 personnes d’ici 2020) et des sondages comme celui du CSA (près de 9 jeunes sur 10 y adhèrent même si peu connaissent réellement le secteur).


UN MODE D’ENTREPRENDRE DIFFERENT

C’est ce qu’observe Jacques Dasnoy, délégué général du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) “Certes, il y a lemême état d’esprit, cette même volonté de faire aboutir une idée et la rendre viable économiquement, la même stigmatisation en cas d’échec, un besoin de financement, de compétences, l’urgence de la simplification administrative, etc. Mais ce qui diffère c’est de mettre l’intérêt général au cœur de son activité et d’en mesurer l’impact social et environnemental. Le profit n’est pas une finalité en soi, mais un moyen”. L’image d’entrepreneurs angéliques, héritiers de l’autogestion des années 70, leur colle à la peau et a tendance à les irriter. “Vos questions laissent supposer, en creux, que vous considérez que les entreprises de l’ESS ne seraient pas des entreprises à part entière. ce qui est différent tient à la conception de l’entrepreneuriat et non pas au fait que ce seraient des entreprises différentes” s’insurge Jean-Louis Cabrespines, président du CNCRES, (Conseil National des Chambres Régionales de l’Economie Sociale et Solidaire). Son message est clair : c’est “le mode d’entreprendre” comme le dit la loi qui est différent, pas l’entrepreneuriat. Les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont des entreprises comme les autres, c’est-à-dire avec les mêmes obligations que toute entreprise en terme d’emplois, d’activité, d’impôts (même si certaines paient la taxe sur les salaires plutôt que l’impôt sur les sociétés), d’obligation et de résultat. Et de renchérir “Si vous considérez qu’il s’agit d’entreprises aidées et vivant des subsides des pouvoirs publics, je vous indique que le montant des subventions perçues par les structures qui en reçoivent est inférieur à 4 % alors même que les montants versés à des entreprises ‘classiques’ sont souvent supérieurs !”


CHACUN EST SON PROPRE PATRON

L’économie sociale et solidaire est encore trop considérée comme un secteur d’exception avec une étiquette à part,martèle Stéphane Veyer, directeur général de Coopaname. Or quand je regarde autour de moi, je le vois plutôt comme un modèle dominant, de la crèche parentale à la coopérative. Arrêtons de nous regarder comme des entrepreneurs à part”. Commeà la base de l’ESS, il y a toujours une idée généreuse, ce dernier s’est fixé un objectif : aider tout le monde à gagner sa vie . Dans cette coopérative ouvrière nichée au cœur du 20ème arrondissement de Paris, chacun est son propre patron, mais des services comme l’administration et la comptabilité sont mutualisés.“Dans entreprendre, il y a entre, il y a une forme d’aberration à penser que c’est une chose individuelle, c’est collectif avec des clients et des fournisseurs. Mais notre représentation dominante reste cette d’un modèle individuel avec une logique marchande et une démarche strictement lucrative. Il est pourtant possible de créer un autre modèle avec un autre rapport au travail dans lequel l’homme n’est plus subordonné, ni salarié. C’est un choix de société.


MANAGEMENT PARTICIPATIF ET PEDAGOGIQUE

Loin de ces discours militants, l’Economie Sociale et Solidaire c’est aussi un pan entier de l’économie qui excelle dans la mondialisation. À l’image du Groupe Chèque Déjeuner (2500 personnes et 14 pays) dans lequel les salariés sont également sociétaires avec un même droit de vote. “Même si cela n’empêche pas des lignes fortes et des décisions, notre management est participatif et pédagogique. Les décisions stratégiques sont discutées et expliquées” indiqueJean Philippe Poulnot, responsable des partenariats politiques.“Entreprendre dans ce domaine, c’est répondre à des questions essentielles, comme pourquoi je travaille ? Est-ce que j’apporte un bien-être aux populations ?Etquand ça marche, nous avons un partage égalitaire”. Qui sait également que le groupe ACOME est la 1re SCOP (Société coopérative et participative) de France, leader sur le marché des réseaux en Europe dans les infrastructures télécoms, l’automobile et le bâtiment ? “Ce que j’apprécie, c’est cette triple casquette salarié/ actionnaire et …entrepreneur, commente Jacques de Heere, PDG du groupe. Il y a une réelle capacité d’initiative et une marge de manœuvre pour grandir de manière endogène et faire progresser les acteurs du bas en haut de la hiérarchie”.

Un atout non négligeable lorsque le groupe est engagé dans une démarche de changement et doit prendre des décisions en période de crise. “On y arrive mieux que dans une forme de management classique, de type up-down”. Et de citer le “plan stratégique 2013/2016” qui a mobilisé 300 personnes dans l’entreprise par cercles concentriques. “Les gens se sentent concernés. Pas besoin de calquer le modèle d’un consultant sur une organisation. Le défaut pourrait être l’inertie, car c’est un process plus long. Mais au moins, les gens montent dans le navire !”

Gilles Trichard
Le 25-02-2015
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