Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Changer de lunettes

Michel Meunier
Beaucoup d’entre nous, sans doute, ont été un peu étonnés lorsqu’il y a deux ans, au moment de prendre son mandat de président national, Gontran Lejeune nous a appelés à lutter contre la pauvreté, à aider et soutenir les plus démunis, les plus fragiles.

A titre individuel, bien sûr, chacun d’entre nous pouvait être sensible à la pauvreté, à la fragilité. Mais était-ce bien le rôle de nos entreprises que de se préoccuper d’un domaine qui semblait plutôt relever d’une prise en charge par l’État et la société dans son ensemble ? Ne poussait-il pas nos préoccupations citoyennes un peu trop loin ? La performance globale devait-elle aller jusque-là ?

Reconnaissons qu’il a fallu à Gontran une certaine ténacité et une grande force de conviction pour nous amener à le suivre sur ces nouvelles voies qu’il souhaitait nous faire explorer, dans une période où la fragilité ne mobilisait pas les foules.

Il nous a demandé de mettre de nouvelles lunettes afin de regarder le monde sous cet angle nouveau pour le CJD comme pour la sphère économique dans son ensemble. Et nous avons suivi. Les plénières, les commissions de travail, les rencontres du réseau, les journées des élus, les campus, les forums formations, les conseils du réseau, les congrès de région ont été autant d’occasions d’approcher la Fragilité et de comprendre combien elle était inhérente à notre quotidien d’homme et d’entrepreneur.

Car, s’il est assez facile de reconnaître que les entreprises sont fragiles, on oublie souvent que c’est aussi le lot de leurs dirigeants et de leurs salariés, de ces femmes et de ces hommes qui sont confrontés tous les jours à des situations complexes et travaillent dans des conditions parfois extrêmes, surtout durant ces deux dernières années où rien ne leur a été épargné.

Vision anticipatrice

C’est qu’entre-temps, la crise est passée par là, imprévue, violente, injuste surtout, puisqu’elle a mis en péril nos entreprises qui n’y étaient pour rien dans son déclenchement. Nous avons tous redécouvert, à notre corps défendant, combien le monde et chacun d’entre nous pouvaient être rapidement mis en déséquilibre et que la précarité n’est pas réservée « aux autres ». La vision anticipatrice de Gontran nous aura été précieuse, puisque plus que d’autres peut-être, nous avons pu démontrer, au sein du mouvement, notre capacité à réagir à la crise en renforçant nos outils d’accompagnement des Jeunes Dirigeants qui ont traversé une mauvaise passe. La solidarité, qui est une de nos valeurs fortes s’est naturellement exercée pour les aider, les guider, les soutenir.

Sommes-nous sortis indemnes de ce voyage en fragilité ? Je ne peux le croire, cela nous a forcément changés, bouleversés, mis en colère, chahutés, et finalement modifiés.

Nous sommes donc aujourd’hui différents. Ce n’est pas notre ADN, ce qui est en nous et nous compose qui a évolué, mais bien le regard que nous portons sur le monde, sur les entreprises, sur les entrepreneurs, sur les banquiers, sur les politiques et sur les hommes de façon générale. Mais aussi sur l’économie et ses limites, sur ses finalités. En même temps, nous avons été confortés dans notre conviction fondamentale que l’économie n’a de sens que si elle se met au service de l’homme. Et cette conviction semble partagée par un nombre croissant de chefs d’entreprises et de responsables politiques. N’avons-nous pas entendu le président de la République lui-même se rallier à cette idée ?

Une solidarité nécessaire

Soyons prudents, cependant. Cette conviction, nouvelle chez certains, reste elle-même fragile. La fin de la crise pourrait leur faire oublier leurs bonnes résolutions et les faire retomber dans leurs égoïsmes passés. Le bouleversement que nous avons subi n’aurait alors servi à rien. L’entrepreneur retournerait à sa solitude et l’entreprise à sa stérile course aux profits. Or nous avons pris conscience aussi de la fragilité même de la planète : il nous est impossible de continuer comme avant. La solidarité que nous devons mettre en œuvre à l’échelle mondiale n’est pas une attitude morale, c’est une nécessité pour notre propre survie. Nous ne pouvons plus produire et consommer sans prendre en compte les conséquences de nos productions et consommations, sans penser aux autres et aux générations futures. Si, comme le dit Edgar Morin, nous devons renoncer au meilleur des mondes, nous ne devons pas renoncer à un monde meilleur. Ce monde, il nous convient ensemble de le construire en respectant tout ce qui vit et en préservant les ressources finies de notre planète, en essayant de mettre l’économie au service de la vie.

Michel Meunier
Le 13-06-2010
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