Juillet 2018


L’Inde, un pays où l’innovation est performante et économe 1/2

À l’occasion de la visite du Premier Ministre indien Narendra Modi en France pour la première fois aujourd’hui, je vous propose de faire un zoom sur l’Inde. Le temps de ce papier, allons à la rencontre d’un sous-continent, État Fédéral, patchwork de 29 États, d’une vingtaine de langues officielles, où vous allez oublier tous les clichés habituels et, où, j’espère, vous apprécierez le dynamisme, l’ingéniosité, la débrouillardise et le bon sens des Indiennes et des Indiens.

J’ai eu la chance de diriger le Service pour la Science et la Technologie de l’ambassade de France en Inde de 2010 à 2014[1]. Très vite, avec mon équipe, nous avons travaillé sur l’innovation. Pour répondre à la demande des entrepreneurs, j’ai créé le Club de Recherche & Développement (R&D) des entreprises françaises en Inde, où nous abordions les sujets pratiques de partenariats public-privé, de développement, d’innovation et d’adaptation des technologies, produits cosmétiques ou alimentaires. Autour de la table, des PME, ETI, et surtout des grandes entreprises Airbus, AirLiquide, Alstom, Areva, Danone, Dassault Aviation, Dassault Systèmes, L’Oréal, Safran, Saint-Gobain, Sanofi, Suez-Environnement, Thales, etc. Toutes ces entreprises et industries sont présentes en Inde pour produire et vendre à la base de la pyramide, au plus grand nombre. Si tous les managers français installés en Inde sont conscients que l’Inde est devenue incontournable, ce n’est pas encore le cas de leurs sièges basés en France qui redoutent l’Inde et sa complexité.

En travaillant quatre années en Inde, j’ai pu découvrir l’immense potentiel en technologie et en innovation de l’Inde. La plus grande démocratie du monde a de l’énergie pour créer et innover, avec près de 50 % de sa population qui a moins de 25 ans. Depuis les années 1990, le gouvernement indien mène une politique volontariste pour s’ouvrir au monde, développer la R&D, créer des infrastructures.

L’Inde est un grand pays scientifique et industriel qui s’est construit sur la science et la connaissance. Indépendante depuis 1947, l’Inde a su trouver son identité dans un monde en pleine guerre froide. Dès les années 1960, avec la révolution verte, l’Inde développe l’agriculture qui va lui permettre de nourrir sa population qui croît de façon exponentielle. C’est dans les mêmes années que les dirigeants indiens lancent le programme spatial grâce aux Français qui vont leur céder une licence de lanceur.

Dynamique et ingénieuse, c’est dans des conditions de pénurie de matières premières, de besoin de mise sur le marché rapide que la population indienne développe le « Jugaad »[2] ou innovation frugale, un mot hindi qui désigne « débrouillardise », qui a permis des innovations frugales étonnantes : le réfrigérateur sans électricité, le bus-tracteur, le four qui fonctionne à la bouse de vache, etc. Le modèle indien d’innovation frugale est vanté par Navi Radjou[3], présenté en Afrique du Sud par Machelkar[4], un grand scientifique indien, surtout, ce modèle est rentabilisé par les multinationales étrangères qui implantent leurs centres de R&D en Inde.

Aussi, depuis 1992, date de l’ouverture de l’Inde, les entreprises étrangères qui s’implantent en Inde sont de plus en plus nombreuses. Les grands gagnants sont les multinationales américaines, anglaises, hollandaises, allemandes et quelques Françaises par exemple Saint-Gobain, AirLiquide, Lafarge, Alstom, qui pour la plupart n’ont pas attendu 1992 pour s’y implanter. Les entreprises étrangères ont également installé des centres de R&D pour innover, adapter leur produit au vaste marché indien. L’emblématique entreprise américaine General Electrics a établi en Inde son plus grand centre de R&D au monde.

Comme je le mentionnais plus haut, l’innovation en Inde se doit d’être « frugale », en français on dit l’innovation économe. Économe en matériaux de base (utilisation de produits recyclés), en temps (mise sur le marché rapide), en prix affiché, mais performante, efficace et abordable pour être distribuée au plus grand nombre. « Une innovation qui est chère n’est pas une solution innovante», nous dit le grand chirurgien en cardiologie Devi Shetty dans un film[5] tout en opérant un patient.



[1] J’étais Conseillère / diplomate scientifique de deux ambassadeurs successifs Jérôme Bonnafont et François Richier

[2] « Innovation, how to do more with less » Navi Radjou & Jaideep Prabhu. Ed. The Economist/Profile Books LTD . 2015

[3]Conférence TED du Français Navi Radjou au lien suivant : www.ted.com/talks/navi_radjou_creative_problem _solving_in_the_face_of_extreme_limits

[4] www.scidev.net/global/health/news/india-s-shift-to-inclusive-innovation-is-a-model-to-follow-.html

[5] Dr. Shetty est basé à Bangalore.Film sur www.youtube.com/watch?v=n507OK2vsrc&noredirect=1


Véronique Briquet-Laugier
Le 9-04-2015
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