Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Allier bien-être et performance

Philippe Rodet
Le stress lié au travail est un phénomène qui prend de l’ampleur, touche tous les secteurs et toutes les catégories professionnelles et, contrairement à ce que beaucoup prétendent, il n’existe pas de bon et de mauvais stress. Tel est le point de vue défendu par Philippe Rodet, médecin urgentiste, consultant en entreprise, créateur du « Cercle stress info » et auteur de Se libérer du stress (Eyrolles).


Dirigeant : Beaucoup s’en plaignent, d’autres en parlent, le stress : c’est quoi ?

Philippe Rodet : Le stress est une fonction physiologique de l’organisme qui nous permet de réagir à une agression.

Il existe trois sources de stress : les sources chimiques, les sources physiques (variations de température, de pression, de vitesse…) et les sources psychiques (lorsque l’on est confronté à un danger).

Une étude canadienne a montré que nos organismes peuvent supporter de 5 à 7 sources de stress par semaine. Or, ils en gèrent en moyenne jusqu’à 50 par jour. Dans une autre étude menée récemment au Canada par l’équipe du Professeur Eric Gosselin, il est constaté que dans 75 % des cas, lorsque l’on augmente le stress, on diminue la performance. Ainsi, lorsque certains propos assurent que le stress a du bon et améliore la performance, je m’insurge en faux. Le « bon » stress est noyé dans une multitude d’agressions. Or, il n’existe que s’il est isolé.

D. : Sommes-nous tous égaux face au stress ?

P. R. : Non, certains résistent mieux que d’autres ; mais l’objectif n’est pas d’aller vers la résistance de tous ! En entreprise, le stress résulte d’un certain nombre d’éléments : organisation du travail ou management. Le mépris est par exemple, une source importante de stress. Ne pas dire bonjour, ne pas savoir corriger une erreur… Il peut aussi être lié à l’organisation du travail, lorsque l’on ampute la liberté d’action de ses collaborateurs. Là encore, un exemple. Celui des plates-formes téléphoniques où sont déjà établies les listes des questions les plus fréquentes et des réponses à apporter à l’interlocuteur, sans possibilité d’y déroger.

Même si le stress n’est pas l’apanage du milieu professionnel, les entreprises sont un acteur majeur du changement dans ce domaine. Elles doivent provoquer de la motivation chez leurs collaborateurs. C’est cette motivation qui les protégera de la toxicité du stress. En effet, le stress en entreprise a des conséquences très importantes dans la vie privée : tensions, agressivité…

D. : Comment les responsables des Ressources Humaines peuvent-ils intervenir ?

P. R. : Ils doivent être à l’écoute, comprendre les difficultés, repérer la source du stress et discuter avec les managers. Il faut que ces derniers modifient leurs discours. Plutôt que de ne voir que des erreurs et d’accabler l’un ou l’autre, il est plus judicieux par exemple de dire : « il y a une erreur, il faudrait la corriger. La dernière fois, vous l’aviez parfaitement fait. » Il est essentiel d’adresser des signes positifs à ses équipes. Pour preuve, les études montrent que si l’on encourage une fois par semaine un collaborateur, on diminue son stress de 32 % chez les hommes et de 43 % chez les femmes. Le stress n’est pas une fatalité. Il faut lutter contre, et le traitement le plus puissant est le plaisir. Il faut positiver, mettre l’accent sur ce qui va bien ou sur ce qui a été bien fait. Donner de la liberté d’action à ses collaborateurs, leur faire remarquer qu’ils sont utiles, les encourager, communiquer sur la stratégie d’entreprise… sont autant de facteurs ou discours qui contribuent à diminuer le stress. Lorsque j’interviens sur cette thématique dans les entreprises, je cite souvent cette phrase de l’académicienne Jacqueline de Romilly : « L’optimisme, c’est ce qui permet de transformer les soucis en défis. Les soucis m’accablent ; les défis, j’ai envie de les relever. »

D. : Mais, l’exigence de la performance est-elle compatible avec le plaisir au travail ?

P. R. : Tout à fait. Selon une récente étude réalisée en Belgique, le stress coûterait, chaque année, 2 millions d’euros pour une entreprise de 500 personnes.

Aujourd’hui, certaines sociétés développent une vraie stratégie pour favoriser le bien-être au travail : qualité de l’espace de travail, relations entre les personnes, amélioration du management… Considération et plaisir sont les meilleurs médicaments pour lutter contre le stress.

En diminuant le stress, le chef d’entreprise améliore la qualité du travail et les compétences de ses collaborateurs ce qui permet à l’entreprise d’être plus apte à aborder la concurrence. Je suis convaincu que l’entreprise de demain alliera bien-être et performance.

http://www.stress-info.org

Handicapés ? Non, juste fragiles 2980 signes

Le témoignage d’Hervé Knecht, Président du directoire de Flandre Ateliers, entreprise qu’il a créée il y a près de 20 ans et qui emploie 92 % de personnes fragilisées.

« Il y a environ 10 ans explique Hervé Knecht, j’ai compris que le terme de handicap ne me convenait pas. Je lui ai préféré celui de fragilité. La fragilité n’est pas une tare, c’est une caractéristique de la nature humaine et de notre environnement. Ainsi, dans une entreprise, si le manager a l’intelligence de la fragilité, de la connaissance de l’autre, il cherchera dans son collaborateur ses savoir-faire et lui permettra de révéler ses talents. Lorsqu’un chef d’entreprise se demande s’il va employer des personnes “handicapées” ou payer une amende comme l’exige la loi, je lui réponds qu’il doit se demander en quoi l’emploi d’une personne fragile va améliorer sa performance ? Cela lui permet de redéfinir la notion de performance en remettant l’Homme au centre du dispositif. Ainsi, le management a toujours deux lectures, celle de l’entreprise et celle de l’individu. »

Il y a environ 5 ans, Hervé Knecht s’est appuyé sur les fragilités de ses collaborateurs pour reconvertir avec succès, une partie de l’activité de Flandre Ateliers. « L’activité conditionnement était en perte de vitesse. Du coup, pour redonner vie à l’entreprise, j’ai recyclé une très grande partie du personnel dans la numérisation des documents.Pour cela, il a fallu mettre en place un très gros travail de reconversion : formation, professionnalisation, suivi des personnes, mise en confiance du personnel et réaménagement des locaux... Il fallait que les ouvriers deviennent des employés, qu’ils abandonnent leurs chaussures de sécurité et leurs bleus de travail pour travailler devant des écrans d’ordinateurs. Il y a peu de temps, j’ai reçu des cadres d’Orange, l’un de mes clients, soucieux de savoir de quelle manière ils pouvaient lancer de nouveaux process… »

Les personnes fragilisées qui travaillent pour Flandre Ateliers sont toutes en CDI. Elles ont des logements, des vies sociales, des perspectives. « Nous avons créé, au sein de l’entreprise, un lieu de socialisation dédié à des activités où chacun peut se retrouver en dehors des heures de travail. Reconnaître et accepter notre propre fragilité et celle du monde qui nous entoure, nous met tous à égalité. Ainsi, on manage autrement, on regarde l’autre autrement. Flandre Ateliers allie deux projets, l’un économique, l’autre social. Ils avancent conjointement. Parfois l’un va plus vite que l’autre. Mais au fond, l’équilibre n’est-il pas qu’une succession de déséquilibres ? »

Flandre Ateliers

Cette société installée à Tourcoing est une Entreprise Adaptéedont la finalité est l’emploi durable de salariés fragilisés par un handicap. Créée en 1991, cette coopérative compte 280 collaborateurs et deux grandes activités. Une activité industrielle de conditionnement, et deux activités tertiaires : centre d’appels et gestion électronique des documents.

www.flandre-ateliers.com

Isabelle Chatain
Le 14-06-2010
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