Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


« Jardiner la terre, au lieu de l’exploiter »

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L’homme a fragilisé son environnement… qui lui rend la monnaie de sa pièce ! Les sols s’épuisent, les stocks de ressources aussi, et les gaz à effet de serre menacent notre économie. Le constat est inquiétant, les solutions pourtant existent. Jean-Marie Pelt, naturaliste, et Jean-Guillaume Péladan, JD, ouvrent quelques pistes…

L’homme a fragilisé son environnement… qui lui rend la monnaie de sa pièce ! Les sols s’épuisent, les stocks de ressources aussi, et les gaz à effet de serre menacent notre économie. Le constat est inquiétant, les solutions pourtant existent. Jean-Marie Pelt, naturaliste, et Jean-Guillaume Péladan, JD, ouvrent quelques pistes…

Le XXe siècle a été celui de la disparition accélérée de la faune et de la flore sur notre planète, dans des proportions “de 50 à 560 fois supérieures à celles que produirait le rythme normal des extinctions. La population des oiseaux a baissé de 25 % en quinze ans contre 20 % en dix mille ans… La surexploitation des océans a entraîné de graves déséquilibres dans les chaînes alimentaires marines.” Nous avons tant puisé dans les ressources naturelles et joué aux apprentis-sorciers qu’aujourd’hui les menaces se concrétisent sous la forme de gaz à effet de serre d’autant plus inquiétants qu’ils conduiraient “à une catastrophe économique où le produit mondial brut annuel baisserait de 5 à 20 %”. Jean-Marie Pelt, naturaliste, président de l’Institut européen d’écologie, égrène autant d’arguments inquiétants confirmant la chute de la biodiversité, et rappelle dans son dernier livre, Les dons précieux de la nature, combien nous sommes pourtant redevables à cette nature si généreuse…

Une nature sans prix

Car nous n’en avons pas toujours conscience, mais biodiversité rime avec aménités, ces services gratuits que l’on consomme sans même s’en rendre compte, au quotidien ou en vacances, quand nous admirons un paysage de landes ou de forêts, que nous écoutons gazouiller les oiseaux, ou que nous arpentons les sentiers le nez au sol à la recherche des traces laissées par le passage des animaux… Tout cela est gratis… mais menacé ! “Ce qui ne génère ni revenu, ni coût directement quantifiable n’a pas de place, ne pèse rien, en un mot n’existe pas”, constate Jean-Guillaume Péladan, membre de la commission Défi écologique du CJD.

Jean-Guillaume Péladan

Pourtant, biologistes et naturalistes se sont attachés à donner un prix à la nature. Évaluer les conséquences de la dégradation des écosystèmes sur le bien-être de l’homme a conduit à mesurer les services rendus par la nature et par conséquent à en estimer la valeur. Intégrer cette donnée dans le champ de l’économ

ie pourrait amener les gouvernants à revoir leurs politiques environnementales. “L’économie doit faire sa révolution copernicienne, estime Jean-Marie Pelt. Un nouveau capitalisme doit naître, non pas fondé sur la mesure des biens et services produits mais sur le bien-être et l’épuisement du patrimoine.”

Les limites de notre modèle de développement

Il est rejoint dans sa réflexion par Jean-Guillaume Péladan : “Notre modèle de développement n’est pas durable, explique-t-il. Au niveau mondial, plus de 80% de notre énergie primaire est d'origine fossile - pétrole, gaz et charbon. L'énergie pas chère, source de notre puissance, est une ressource finie. Cette réalité physique est déjà perceptible sur le pétrole dont nous atteignons le pic de production, générant une hausse et une volatilité du prix jamais égalée.

Faut-il alors renoncer à toute forme de développement, rejoindre le camp de la “décroissance” ? “Parler de décroissance, c’est encore adhérer au paradigme actuel croissance/récession”,insiste Jean-Marie Pelt. Dans l’économie actuelle, la décroissance, c’est le chômage. De nouveaux systèmes de régulation doivent être imaginés.”

Anticiper et s'adapter au double défi écologique et économique, c’est ce à quoi s’est engagée la commission expérimentale Défi Eco créée il y a un an au sein du CJD. Elle invite les dirigeants à réagir à ces constats, à changer leur regard et à explorer des solutions plus robustes pour leurs entreprises. "Ces solutions peuvent se rassembler en trois grandes familles. Il y a tout d'abord le modèle de l’économie circulaire, c’est-à-dire la proximité, les circuits courts, le recyclage, les boucles locales. Puis ce que l'on appelle l'économie de fonctionnalité. On n'achète plus un produit, mais son usage, l'utilisation de sa fonction. Du Velib à la location d'équipements en passant l'usage du pneu payé en centimes d’euros/100km, les exemples opérationnels sont nombreux. La logique productiviste de volume, poussant à des produits à courte durée de vie, est remplacée par une logique de fiabilité et de durabilité. La troisième famille de solution est l'éco-efficience : s'y trouvent les autres leviers pour faire de la performance environnementale un avantage compétitif.” Ainsi le défi écologique ouvre la voie à des opportunités stratégiques.

Inverser la fiscalité

Mais pour aller plus loin, il faut aussi agir profondément sur les règles du jeu. “Notre histoire a fait que l’on taxe surtout le travail et pas la pollution, ni l'usage des ressources”, rappelle Jean-Guillaume Péladan. Transformer la fiscalité est un levier majeur.Nous avons construit une société qui encourage la consommation matérielle et freine le travail et la création de valeur ajoutée humaine. Il est urgent de déplacer les prélèvements pesant sur le travail et l’investissement vers des prélèvements sur les pollutions et l’utilisation des ressources naturelles. Il s’agit d’une mutation radicale nécessitant plusieurs décennies.”

Le rêve de Jean-Marie Pelt – jardiner la Terre au lieu de l’exploiter – se réalisera-t-il alors ? “C’était notre vocation mais ceci suppose quelques valeurs spirituelles qu’il faudrait restaurer dans la société actuelle. Tant que nous serons dans cette culture “du moi je” et du “toujours plus”, où il faut tout avoir tout de suite, je crains que mon rêve soit utopique…” Gageons qu’un jour le “tout économique” cédera enfin le pas à la politique, et partageons l’optimisme de Jean-Guillaume Péladan : “L’avenir de la politique passera par l’écologie (…) La conversion est en marche”.


Bibliographie de Jean-Marie Pelt

Les dons précieux de la nature, Fayard, 2010.

Nature et spiritualité, Fayard, 2008.

La voie du bonheur, Éditions La Martinière, photos de Sebastião Salgado (à paraître)

A lire aussi :

Sur quelle planète vont grandir mes enfants ?, Jean-Guillaume Péladan, Les éditions Ovadia, 2009.



S’engager pour la biodiversité

Patrice Valantin, JD, dirigeant de Dervenn, société d’études et de travaux en génie écologique, a mis en place des outils à destination des collectivités locales et des entreprises pour leur permettre de mieux respecter la biodiversité. “40 % de notre économie en dépend.”Inventaires de faune, de flore et d’habitats naturels, élaboration de plans de gestion écologique des espaces verts d’un territoire, entretien et restauration des espaces naturels, le conseil et l’accompagnement à la décision dispensés par l’entreprise permettent d’évaluer les liens d’interdépendance avec le territoire et les risques de détruire le vivant. Pour compenser l’empreinte écologique et préserver des milieux, il suffit parfois d’un aménagement paysager qui favorise la vie de la faune et de la flore. “Quand les pelouses sont tondues à ras, les petits animaux ne peuvent plus nicher.” Les ingénieurs et architectes de Dervenn recréent ainsi des espaces de vie en ville comme dans les zones non urbaines.

Cependant, le constat est peu reluisant : dans les collectivités locales, quelques élus incluent dans leur mission la pérennisation du territoire. Peu disposent de marges de manœuvre et les finances ne sont pas au rendez-vous : “Avec 92 % du territoire qui est privé, leur action reste faible.” Que dire des élus qui n’affichent leurs préoccupations “écologistes” qu’en vue des élections ? Quant aux entreprises, si tous les champs d’activité liés au vivant sont concernés, seuls les grands groupes s’engagent… pour préserver leur image commerciale. Quant aux TPE, “conscientes de l’intérêt de protéger le vivant, elles ne peuvent en revanche y affecter beaucoup de ressources”.

Marlen Sauvage
Le 14-06-2010
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