Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Ensemble, ça va mieux !

Aurions-nous pu, ne serait-ce qu’il y a deux ou trois ans, proposer un dossier sur le thème de la fragilité ? Fragilité des hommes et des entreprises, fragilité de la société et de son environnement. Personne ne nous aurait empêché de le faire, bien entendu. Mais aurions-nous été entendu comme autre chose que des déclinologues, des prophètes de malheurs, des empêcheurs de faire des profits en rond, des moralistes, des plaintifs ? Aurions-nous été lus par des chefs d’entreprise, des responsables politiques ? Les « fragiles », cela relève de la compassion sociale.

Vae victis

Car le discours dominant, dans le monde de l’économie, est depuis si longtemps – trop longtemps – celui de la performance tous azimuts (mais pas globale, hélas), de la compétition, du triomphalisme, de la victoire sur les autres, des certitudes inébranlables, qu’il n’était pas aisé de remettre en cause le modèle qu’il véhicule, issu tout droit du vae victis antique (« malheur aux vaincus »). La crise s’en est chargé, avec violence. Nos sociétés opulentes se sont soudain découvertes vulnérables. Nos États d’Europe peuvent faire faillite, comme nos entreprises. Nos dettes nationales gonflent sans que nous trouvions de remède. Nos systèmes de protection sociale s’effondrent. Le roi est nu. Le pire est que cette défaillance générale d’organisations que nous croyions puissantes est due finalement à peu de chose : au délire de quelques docteurs Folamour de la finance, à un jeu d’équations malsain.

Faible mammifère

Est-ce si grave ? Oui, si les joueurs dépravés, uniquement préoccupés de leur mise et de leur main, continuent leur terrible partie de poker menteur et que nous nous montrons incapables de l’interrompre ; ce qui semble malheureusement être actuellement le cas.

Non, si nous acceptons enfin de nous reconnaître fragiles et si nous l’acceptons. Car cette crise économique, associée à la crise écologique dont nous prenons progressivement conscience et aux catastrophes naturelles que nous ne savons pas maîtriser, nous aura, espérons-le, appris ou réappris deux choses. D’abord que la puissance que nous déployons ne sert qu’à masquer notre fragilité native. C’est sans doute parce que l’homme est parmi les plus faibles des mammifères qu’il s’est construit une carapace d’objets en tous genres. Ensuite, nous avons pu mesurer combien nous étions dépendants les uns des autres, à toutes les échelles, personnelles, nationales, mondiales.

Colosses aux pieds d’argile

Pour autant, reconnaître la fragilité de notre condition, de nos organisations, de nos protections, de notre système économique ne doit pas nous conduire au désespoir et à l’abandon. Au contraire, il faut y voir l’opportunité pour nos sociétés, pour notre économie, pour nos démocraties de repartir du bon pied, après tant de dérives individualistes et de prétentions abstraites à faire le bonheur des hommes par la seule possession matérielle. On le sait, les civilisations qui se croient immortelles sont des colosses aux pieds d’argiles, car elles sont incapables de se remettre en cause, d’évoluer et de faire face aux réalités nouvelles. Les plus faibles et les plus humbles ont, à l’inverse, une capacité d’adaptation beaucoup pus grande.

Solidarités oubliées

L’idée que nous défendons, dans ce dossier, est celle d’une fragilité positive. Elle peut être, comme le rappelle l’économiste Elena Lasida, interviewée dans les pages qui suivent, une valeur économique en ce sens qu’« elle est un espace d’inconfort qui pousse à créer, à inventer ». Elle est aussi un moteur, ajoute le grand naturaliste Jean-Marie Pelt un peu plus loin, parce que la fragilité de la planète que nous constatons aujourd’hui, nous oblige à « imaginer de nouveaux systèmes de régulation ». La fragilité des hommes, enfin, salariés ou patrons (ils ne faut pas les oublier), dont nous traitons également dans ce dossier, les conduit, dès lors qu’il ne la refusent plus, à comprendre qu’ils ne sont rien les uns sans les autres et à retrouver des solidarités oubliées. Ensemble, ça va mieux !

Bruno Tilliette
Le 14-06-2010
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