Novembre 2018


L'entreprise libérée par le télétravail ?

Xavier Bonduelle
Le débat actuel autour de l’« entreprise libérée » devrait se pencher plus sur le travail à distance comme une alternative d’expérimentation, de transition vers le management collaboratif. En effet, la réussite de la mise en place du télétravail est conditionnée par la création d’un lien plus souple entre l’entreprise et le salarié et la diminution du contrôle en faveur de l’autonomie et de la confiance qui va avec.

Une étude réalisée par Citrix avançait, fin 2014, le chiffre de 9,8 milliards d’euros que la France pourrait gagner grâce au télétravail. L’innovation et ce qui y contribue (la recherche ET l’implication créative de l’ensemble des collaborateurs) constituent une clé essentielle de la performance durable des entreprises… et du besoin d’accomplissement des collaborateurs. A l’heure du cloud, du Skype et des réseaux sociaux, le travail à distance pourrait devenir une alternative qui permet aux entreprises de gagner en productivité et offre aux employés la possibilité de se libérer du stress, de gagner en autonomie tout en prenant plus de responsabilités. Le point de vue de Xavier Bonduelle, PDG IMDRH.


D. : Le télétravail, une alternative bénéfique aux salariés et aux entreprises à la fois ?

X. B. :En 2012, une étude du cabinet Greenworking montrait que le gain de productivité en télétravail atteignait en moyenne 22 % : travailler à domicile, c’est effectivement l’occasion de s’extraire du brouhaha, de prendre du recul et d’être davantage concentré sur ses dossiers. Imaginons que dans une entreprise où les collaborateurs sont sédentaires, 20 % souhaitent travailler deux jours par semaine de chez eux. Ce n’est pas 20 % de bureaux en moins qu’on va gagner, mais beaucoup plus compte tenu des personnes qui vont travailler de chez elles. L’entreprise gagnera ainsi en productivité des intéressés et atténuera le sentiment de spoliation de l’ensemble des collaborateurs qui adhéreront plus facilement à un projet qui conjugue « bien-être des salariés » et « amélioration des résultats de l’entreprise ».


D. : Quels changements concrets dans la vie du salarié ?

X. B. :La société Ranstadt a fait une étude en 2014 qui a montré, entre autres, qu’un tiers des Franciliens mettaient 45 minutes pour se rendre à leur travail. Un tiers des personnes investissent donc 1 h 30 par jour pour travailler 7, 8 ou 9 heures. Un tiers des personnes subissent pendant 1 heure 30 du stress : se lever plus tôt, renoncer à des moments de famille, déléguer l’accompagnement de ses enfants, différer le temps des courses ou du bricolage, affronter le froid, les embouteillages, les trains bondés, etc. Ce temps peut être justifié pour certains qui estiment que c’est le prix à payer pour retrouver chaque jour des collègues qu’ils apprécient par exemple, mais d’autres seraient sans doute ravis s’ils pouvaient travailler de chez eux les deux autres jours. Ils pourraient ainsi consacrer les 3 heures de transport (1 h 30 X 2 jours) à se lever plus tard, à prendre leur petit déjeuner avec leurs enfants, à les accompagner à l’école, à les faire réviser le soir, à discuter en famille, à faire des courses le mardi à 18.30 et pas le samedi à 9.00, etc.. Il s’agirait donc d’un changement dans l’organisation du travail qui pourrait contribuer à leur bien-être quotidien.


D. : Qu’est-ce qui empêche toutes les entreprises de se « libérer » ?

X. B. : D’abord le manque d’audace. Je pense que beaucoup de patrons ont des valeurs compatibles avec ce type de management qui accorde plus d’autonomie au salarié. Non, je ne vois pas un patron comme une femme ou un homme poussiéreux, conservateur et hostile au changement. Mais le saut vers l’inconnu fait toujours peur, même aux entrepreneurs. Renoncer à une partie du contrôle pour instaurer une culture de la confiance, c’est comme renoncer à dire 10 fois par jour « fais attention » à son enfant : on a beau savoir que ça inhibe, que ça n’aide pas à grandir et que ça frustre, c’est rassurant et ça fait du bien… au parent. S’exposer, être transparent, assumer ce qu’on ne sait pas, accepter que la sagesse ou la connaissance ou la solution vient très souvent du client, souvent de celui qui le côtoie tous les jours, parfois du manager de celui-ci, rarement de celui qui est en haut de la pyramide, ça donne le vertige et fait du mal à l’ego.


D. : Quelle serait alors la solution ?

X. B. : Témoigner, faire témoigner, former, accompagner, faire expérimenter permettront de déployer cette formidable évolution du monde du travail qui aidera les personnes à vivre mieux, les entreprises à améliorer leur performance et la société à rapprocher deux mondes qui se méfient trop l’un de l’autre : celui des entreprises et celui des salariés.



Xavier Bonduelle est PDG de l’IMDRH (l’Institut du Management Des Ressources Humaines), un organisme dédié à la formation au leadership des décideurs et des équipes managériales

La rédaction
Le 30-06-2015
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