Juillet 2018


Contre les moralistes

On ne peut vivre heureux qu'en suspendant son jugement et en cessant de chercher le bonheur, nous dit Sextus Empiricus (160 – 210) dans cet extrait.
Seul vit jusqu'au bout sans trouble, parmi les biens et les maux procédant de l'opinion, l'homme qui suspend son jugement. Il n'est pas possible d'être heureux si l'on suppose qu'il existe un bien ou un mal par nature. Car celui qui fait cela se charge d'un cortège de troubles sans fin, tantôt évitant, tantôt poursuivant quelque chose, attirant sur sa tête des maux qu'il croit des biens, et s'affligeant bien davantage des maux en raison de l'opinion qu'il a que ce sont les maux. Ainsi celui qui, par exemple, déclare que la richesse est un bien et la pauvreté un mal, est doublement troublé de n'être pas riche : il ne possède pas le bien et il travaille à l'acquérir. Mais sitôt qu'il le possède, le voilà plongé dans trois sortes de craintes : il souffre d'une joie hors de mesure, il travaille à conserver sa richesse, il connaît l'angoisse et la crainte de la perdre. En revanche, celui qui ne range la richesse ni parmi les biens par nature, ni parmi les maux par nature, n'est ni troublé par son absence, ni réjoui par sa présence et demeure sans trouble dans les deux cas. Aussi, pour ce qui est des choses que l'opinion considère comme des biens et des maux et pour ce qui est de les préférer et de les éviter, il est parfaitement heureux.
Sextus Empiricus
Le 25-02-2016
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