Novembre 2018


La vie d’un entrepreneur est souvent plus dure que celle d’un salarié. Vraiment ?

Cette phrase d’Emmanuel Macron [1] n’a pas manqué de provoquer l’ire sur les réseaux sociaux. Point de vue d’un entrepreneur qui s’occupe d’entrepreneurs.

Mais commençons par un petit détour : tous les thérapeutes pourront vous le dire, les souffrances ne se comparent pas. Entre deux personnes qui ont vécu des situations différentes, peut-être même si différentes que l’une semblera à certains infiniment plus pénible que l’autre, nul ne saurait dire laquelle des deux va en pâtir le plus. C’est dire que « plus dure » ne saurait être objectivé.

Quelques repères néanmoins peuvent nous aider :

1/La vie d’un entrepreneur est plus précaire que celle d’un salarié. Dans une certaine mesure. En effet, il ne bénéficie d’aucune assurance chômage ; jusqu’à ce que son entreprise puisse lui en offrir une, la GSC [2], ou jusqu’à ce qu’il ait amassé un pécule suffisant pour s’auto-assurer. Il y a de fortes inégalités et un grand nombre d’entre eux ne bénéficie nullement de cette sécurité, sans compter le risque de perdre leur investissement initial.
2/La vie d’un salarié est moins choisie que celle d’un entrepreneur. Dans une certaine mesure. L’entrepreneur fabrique sa propre reconnaissance, chance qui n’est pas donnée au salarié, sauf à une minorité – les grands patrons, par exemple, sont des salariés. Un grand nombre craint pour son emploi en même temps qu’il peine à trouver du sens à son travail.

À quoi il faut ajouter qu’il y a des salariés précaires, qu’il y a des entrepreneurs qui ne trouvent pas ou plus de sens à ce qu’ils font.

J’entends donc que les noms d’oiseaux qui fusent suite à la déclaration d’Emmanuel Macron, qu’il faut bien qualifier d’imprudente, sont le résultat de certitudes acquises sans considérer la réalité de l’autre. Et que si on y tient, il y a toujours une jalousie à réchauffer et une plainte à faire entendre.

Du côté des entrepreneurs, il faudra bien qu’ils se fassent à l’idée que l’incertitude est leur métier ; qu’entreprendre, c’est aller sur les terres de l’incertain – faute desquelles la société n’aurait nul besoin d’entrepreneurs.

Et du côté des salariés, il faudra bien qu’ils se fassent à l’idée que s’ils veulent de la reconnaissance, le seul moyen est parfois de se la fabriquer soi-même… en devenant entrepreneur.

Toutes considérations qui nous amènent à songer à un mouvement qui, à une certaine époque, s’est créé sur le rêve d’une fracture à réduire, entre ce qu’on appelait à l’époque les employés et les patrons. Que cette fracture perdure, sous d’autres formes, et donc que le rêve est toujours vivant ; qu’ainsi des associations comme le CJD sont toujours d’une brûlante actualité.

[1]http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/emmanuel-macron-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-739069.html
[2] GSC : Garantie sociale des chefs d’entreprises


Laurent Quivogne
Le 22-01-2016
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