Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Mikhaïl Gorbatchev : " Il nous faut une gouvernance multilatérale revitalisée "

Crédit photo : Luc Hardy
Mikhaïl Gorbatchev fait partie de ces rares hommes qui ont fait – en l’occurrence défait – le XXe siècle. En exclusivité pour le magazine Dirigeant, celui qui depuis 1993 voue sa vie à la sauvegarde de la planète milite, au sortir de la COP 21, pour une nouvelle forme de gouvernance climatique et pour la conversion à de nouveaux modèles économiques plus responsables.

Dirigeant : Après la 21 COP, quelle gouvernance pour le climat ?

Mikhaïl Gorbatchev :Les climatologues disent que la possibilité d’agir avec force sur le climat diminue rapidement, mais que nous pouvons encore stabiliser les températures atmosphériques globales et mettre le monde sur la bonne voie du développement durable. Mais la question demeure : sera-t-il possible de limiter le réchauffement climatique à 2 °C dans le futur ? Si nous devons réussir, le monde aura besoin d’une vraie politique, de décisions, d’une vision organisée, de courage et pas seulement d’une stratégie d’adaptation « à petits pas ». Il nous faut une gouvernance multilatérale revitalisée et adaptée aux défis interconnectés du 21e siècle.


D. : Quel bilan dressez-vous de l’action de Green Cross International ? De quoi êtes-vous le plus fier ?

M. G. : Notre réseau peut être vraiment fier de son action depuis 20 ans. Plus de 200 000 personnes au Ghana, en Bolivie et dans d’autres pays reçoivent de l’eau potable grâce à notre projet « De l’eau propre pour les écoles vertes ». Notre démarche a été efficace en interpellant les principales puissances y compris la Russie et les États-Unis pour qu’elles éliminent les armes chimiques. Les valeurs et les comportements des enfants sont en train d’être modelés par une conscience grandissante des problématiques sur l’environnement au Japon, en Australie, en Corée du Sud et au Sri Lanka grâce à des campagnes journalières sur l’environnement. Des milliers de gens dans le Sud-Est asiatique, au nord de l’Irak et dans les pays affectés par le désastre nucléaire de Tchernobyl reçoivent des soins médicaux et des aides diverses grâce au personnel de Green Cross International. Nous faisons la promotion de sources d’énergie propres et renouvelables qui stimulent de nouvelles économies qui réduisent notre dépendance aux carburants d’origine fossile et à l’énergie nucléaire. Notre philosophie est basée sur la coopération et non sur la confrontation. Elle ne s’applique pas seulement à notre mission de médiateur en cas de conflits, mais également quand il s’agit de développer des partenariats avec des gouvernements, l’ONU, des ONG, des scientifiques, des spécialistes ou le monde des affaires. Depuis 1993, nous agissons dans plus de trente pays grâce à des relais nationaux. Je tiens ici à féliciter mes collaborateurs de Green Cross qui font flotter haut notre drapeau, et ce malgré les défis que nous affrontons. Grâce à eux, notre message — lier environnement et développement — gagne du terrain.


D. : A vos yeux, par rapport à l’urgence climat, quelle est la responsabilité des chefs d’entreprise et des entrepreneurs ?

M. G. : Le monde reste encore prisonnier d’un chemin de développement insoutenable ; il est en train d’agoniser. La croissance économique qui ne tient pas compte des capacités de la planète reste une préoccupation de première importance. A cause de cela, nous sommes confrontés à une dégradation de l’environnement sans précédent. Une dégradation proprement impitoyable. Nous sommes confrontés également à une détérioration et une surexploitation des ressources naturelles. Les crises liées à l’eau, à la nourriture et à l’énergie se profilent alors que plus d’un milliard de personnes vivent toujours dans une extrême pauvreté et que les inégalités mondiales augmentent de façon claire. Une transition rapide vers un modèle différent est nécessaire. Nous avons besoin d’une transformation radicale en une génération et cela concerne l’énergie, l’industrie, l’agriculture, la pêche et les systèmes de transport. Le comportement des producteurs et des consommateurs doit changer. Cela dépendra du modèle de transformation de l’économie. Bien sûr, le business restera le business ; les entreprises ne renonceront pas à faire des profits. Mais le monde change. Et il existe une économie en développement, dans le secteur privé, qui veut être plus efficace au niveau des ressources et qui soutient la croissance verte. Nous devons encourager ce modèle et ces entrepreneurs qui s’engagent. Pendant le dernier sommet sur l’Economie et le Climat à Paris, des patrons de grandes entreprises mondiales ont fait appel à des décideurs politiques pour lever des fonds publics et privés afin de se diriger vers une économie pauvre en carbone, pour définir soigneusement le coût du carbone dans le futur et pour éliminer les subventions données aux carburants fossiles. C’est un bon départ même si la bataille n’est pas terminée. Pour continuer ce combat, il faut mettre en place des politiques incitatives qui permettent aux entreprises de transformer leurs modèles et leurs pratiques. C’est de cette manière que nous déboucherons sur de nouvelles formes de développement économique. Les entreprises petites et moyennes, les start-ups sont aux avant-postes. Heureusement, de nombreuses idées ingénieuses couplées à des technologies performantes sont déjà dans les tuyaux : modèles circulaires, économie performante, économie collaborative, économie à coût marginal nul... Mais il ne faut pas perdre de vue qu’aller de l’avant ne sera possible qu’avec l’implication active de l’ensemble de la société civile.


Propos recueillis par la rédaction
Le 5-02-2016
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