Juillet 2018


Pour que ça change.org

Nous vivons une période où la loi du plus petit nombre prime sur tout le reste, sur l’intelligence collective, sur le bon sens, sur les études scientifiques. Bref, il suffit d’être contre quelque chose, de rassembler un petit nombre de personnes aux intérêts bien particuliers et de le faire savoir pour que cela devienne suffisamment légitime pour être pris au sérieux sans discernement et exposé médiatiquement sans approfondissement.

Ça fait longtemps que cette pratique fait sa loi sur tout et n’importe quoi : sur un barrage, un aéroport, un Center Park, des parcs éoliens, un contournement urbain. Bref il est quasiment devenu impossible d’avancer dans notre pays lumineux où l’obscurantisme gagne des hectares de conscience.

Ce qui se passe sur la Loi El Khomri en est le parfait symbole. Il a suffi qu’une pétition atteigne 300 000 clics, et je passe sur le confort de braver le pavé confortablement assis dans son canapé, pour que cela fasse l’objet d’un sujet au journal de 20h. Intéressant de voir que la rédaction dispose de 30mn pour informer les Français et choisisse de faire la promotion de cette pétition, lui offrant par ailleurs un coup de projecteur dont rêverait tout toute initiative créatrice de richesse. Belle pub gratuite pour le site de pétition ! Et dans le million de signataires à ce jour, sait-on estimer ceux qui connaissent la finalité du texte, la réalité des articles, les arguments sur lesquels ils s’appuient ? Il suffit d’échanger autour de nous pour nous rendre compte que les vagues du « Non à la réforme », tout comme les vagues d’un tsunami, lorsqu’elle frappe les berges de nos consciences, ont oublié qu’elles ne sont qu’une conséquence et non une cause.

Pour autant si nous nous posons sur le sujet de la loi en elle-même, qu’y trouve-t-on ?

Première chose à souligner : l’initiative devrait inciter au calme et à la réflexion, car si le gouvernement en place a compris qu’une réforme significative s’impose pour libérer les entreprises dans leur croissance (et donc dans leur embauche), c’est que certains dogmes sont en train de se fissurer.

Second point : on y trouve un plafonnement des indemnités de départ d’un salarié. Plus personne ne conteste que la crainte des prud’hommes et le coût social et financier d’un licenciement est la première cause de non-embauche, de génération de CDD ou autres contrats précaires.

Enfin, on y trouve aussi un sujet sur les accords d’entreprises. Tous les rapports demandés par l’état sur la réforme du travail sont d’accord sur le principe de subsidiarité en matière de dialogue social. L’accord d’entreprise prévaut sur l’accord de branche qui prévaut sur l’accord national. Car la gestion du quotidien d’une entreprise ne peut être dictée que par les salariés et le patron au plus près de la réalité, et en aucun cas dans les salons feutrés parisiens. C’est d’ailleurs à nouveau cette loi du plus petit nombre qui a nouveau sévir prochainement. L’union syndicale ayant été faite contre ce projet, ce sont à nouveau des représentants de 4 % des salariés qui vont bloquer 100 % des Français. Et plus sournoisement, ils pénalisent les chômeurs qui n’accèdent toujours pas à l’emploi faute de flexibilité et de croissance. Mais ça, nous le savons depuis longtemps, les syndicats ne s’intéressent pas aux chômeurs, seul le maintien coûte que coûte dans l’emploi des insiders les intéresse.

Donc sans rentrer dans le détail de chaque article, nous sommes face à une loi qui ne mérite pas d’être stigmatisée à ce point, car elle concerne les chômeurs et non pas les employés. Elle ne sert pas les patrons comme on peut l’entendre, car ceux-ci n’ont jamais construit leur croissance sur les subsides de l’état. Les contrats d’avenir et de génération en sont de parfaits exemples. Quand un patron n’a pas les moyens d’embaucher — même « sponsorisé » — il n’embauche pas. L’emploi est un flux et non un stock.

Et ce qui est le plus triste dans tout ça, c’est que tous ces « contre » ne proposent jamais rien « pour ». Je serai ravi de les entendre sur ce qu’il faudrait faire pour que nous entreprises puissions croître et embaucher. J’aimerais les entendre sur des propositions concrètes au service des chômeurs. Les « contres » sont toujours plus bravaches que les « pour » : c’est dommage, mais c’est comme ça. Peut-être qu’il faudrait que ça change.org !


N.D.L.R. : les tribunes publiées sur le site n'engagent que leurs auteurs.


Christophe Praud, directeur de la publication
Le 8-03-2016
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