Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


« Les entreprises doivent respecter les droits de l’homme » Shirin Ebadi

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Ce qui frappe chez Shirin Ebadi, l’avocate iranienne, prix Nobel de la Paix en 2003, c’est le sentiment de force tranquille qui se dégage de sa personne. Son propos est ferme, ses dénonciations sans compromis, mais son ton reste toujours calme et posé, bien relayé par une excellente traductrice.


Invitée du Congrès, tout de vert vêtue, la couleur de la résistance iranienne, cette grande dame n’a pas été tendre avec le monde économique, tant dans sa conférence que dans la table ronde qui suivait et à laquelle elle a participé.

D’emblée, elle a tenu à rappeler que la défense des droits de l’homme, qui est son combat pour l’Iran – où elle est interdite de séjour – mais aussi pour le monde entier, n’est pas l’apanage des seuls États. C’est que depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, en 1948, le monde a changé : « La mondialisation et le développement des grandes entreprises, explique Madame Ebadi, ont conduit à ce qu’aujourd’hui certaines d’entre elles ont des capitaux supérieurs au budget de nombre d’États et une masse salariale qui dépasse le revenu global de ces mêmes États ». Dès lors, il faut veiller à ce qu’elles respectent directement, elles aussi, les droits de l’homme, tant envers leurs salariés que dans les pays où elles sont implantées. Et l’on peut se réjouir du développement du commerce éthique et équitable.

Contrôle technologique

Mais un problème nouveau se pose : quels moyens de représailles a-t-on contre une grande société internationale qui bafoue les droits de l’homme, dès lors qu’elle ne relève pas de la législation d’un seul pays et que rien ne la contraint vraiment ?

Quand la loi ne permet pas d’agir, on ne peut que dénoncer cet état de fait et faire appel à l’opinion publique : « Je prendrais l’exemple de ce qui se passe actuellement dans mon pays. En Iran, la démocratie n’est pas encore un concept avancé… Les candidats aux élections sont choisis par un conseil de 12 membres qui ne sont pas eux-mêmes élus, et un candidat critique est un candidat rejeté. La liberté d’expression n’existe pas, Internet et la télévision sont contrôlés. 40 journalistes sont actuellement dans les geôles du pouvoir. Même les portables sont mis sur écoute.

Ainsi, récemment, un étudiant iranien à Londres qui revenait voir les siens a été arrêté à l’aéroport de Téhéran, emprisonné pendant quinze jours et finalement libéré sous forte caution. Le motif d’inculpation ? Une conversation téléphonique passée de Londres avec sa famille, dans laquelle il critiquait le régime. Mais il faut savoir qu’en Iran, nous n’avons pas la technologie pour intercepter les portables. Qui, alors, a fourni cette technologie à mon pays ? C’est Nokia et Siemens qui ont vendu les logiciels.

Les dirigeants d’entreprise doivent-ils considérer que tout profit est bon à prendre ou rester attentifs à l’usage qui sera fait de leurs produits ? Un commerce qui permet de mettre des gens en prison est-il humainement justifiable ? »

Détournement de satellite

Mais les deux multinationales citées ne sont pas les seules, et la France ne sort pas grandie du second exemple donné par Shirin Ebadi. Il concerne la télévision. La BBC et Voice of America sont très écoutées par les Iraniens qui y trouvent une information plus objective que celle de leurs télévisions nationales. Ces chaînes sont relayées par le satellite Eutelsat. Le gouvernement iranien, on s’en doute, voit cette situation d’un mauvais œil. Il s’est directement adressé à Eutelsat et a obtenu de faire diffuser ces chaînes par un autre satellite du groupe qui couvre mon bien le territoire iranien. Cette société qui a ainsi servi la censure des ayatollahs est une entreprise française dont l’État français détient plus du tiers des actions. On est alors en droit de s’interroger, avec Shirin Ebadi : « La liberté d’expression et d’information est-elle réservée aux seuls citoyens européens ? »

Et le prix Nobel de la paix de conclure en lançant un appel aux 1 200 jeunes dirigeants attentifs : « Je vous demande de nous venir en aide. Les entreprises doivent faire du profit, mais le profit ne peut pas se faire à tout prix. Il doit respecter les valeurs pour lesquelles s’engage l’entreprise. Il est regrettable que seul le commerce se mondialise. Nous devons tous collaborer pour les droits de l’homme et les principes moraux se mondialisent, eux aussi. Chacun d’entre vous peut contribuer, là où il se trouve, à la création d’un avenir meilleur. Marchons ensemble vers un avenir meilleur ! »

Shirin Ebadi avec sa traductrice :


Bruno Tilliette
Le 18-07-2010
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