Juillet 2018


Salarié hier, actif demain

Le 31 mars, toute la jeunesse n’était pas dans la rue pour manifester son hostilité vis-à-vis du projet de loi El Khomri. Au même moment 20 000 jeunes allaient à la rencontre et à la découverte des entreprises lors de la journée « C toi qui décides », organisée par le CJD.

Dans un monde en mutation permanente, et plus particulièrement dans un pays qui peine à se réformer et où le taux de chômage ne cesse de progresser, l’inquiétude est compréhensible (on manifeste), mais l’ouverture est essentielle (on s’informe, on imagine, on se projette).

Finalement quelle que soit la posture choisie, se pose-t-on la bonne question : faut-il revoir le code du travail ou doit-on repenser le monde du travail ? Alors que le nombre d’indépendants ne cesse de croître, que le micro-salariat (et son pendant précaire la « gig economy »[1]) se développent, nous avons à inventer un nouveau modèle intégrant la transformation du lien de subordination.

Pour le sociologue Michel Maffesoli, les individus aujourd’hui «… n’ont que faire du but à atteindre, du projet(“pro-jectum”), économique, politique, social, à réaliser. Elles préfèrent “entrer dans” le plaisir d’être ensemble, “entrer dans” l’intensité du moment, “entrer dans” la jouissance de ce monde tel qu’il est»[2]. Conséquence ?Les individus n’imaginent plus faire le même travail toute leur vie. Et l’entreprise, qui évolue aujourd’hui dans un environnement de concurrence mondiale et avec des modèles économiques en permanente évolution, ne peut plus promettre des plans de carrières tout tracés à ceux qui la rejoignent. Aussi elle doit leur offrir des perspectives d’épanouissement pour capter et retenir leurs talents. Les modèles managériaux traditionnels, dont l’objectif était de maintenir la cohésion dans l’entreprise pour que cette dernière assure au mieux sa fonction, s’en trouvent bouleversés.

De multiples nouvelles formes d’emploi, plus ou moins stables (auto-entrepreneuriat, portage salarial, groupements d’employeurs, intermittent, pigiste…), sont aujourd’hui possibles. Selon Eurostat, il y a 85 % de travailleurs indépendants de plus en France depuis 2005. Outre-Atlantique, l’étude très commentée du cabinet MBO, prédit une rupture fondamentale : les indépendants seront plus nombreux que les salariés en 2020. Ceux qui manifestent contre les évolutions nécessaires du droit du travail doivent prendre conscience que le salariat ne sera plus la norme demain ! Et c’est par conséquent notre modèle social qu’il faut entièrement réinventer. Tous, pendant notre vie active, nous pourrons connaître plusieurs de ces statuts : étudiant, salarié, entrepreneur, indépendant, fonctionnaire, en recherche d’activité, bénévole… Nous les cumulerons même à certains moments, à l’exemple des « slasheurs », ces travailleurs exerçant plusieurs activités pour compléter leur revenu principal par un revenu d’appoint. Ils n’étaient qu’un million il y a dix ans et sont déjà 2,3 millions aujourd’hui.

Notre énergie, nous devons la mettre dans la construction d’un nouveau modèle de l’Actif. Nous sommes à l’aube d’une véritable Big Bang qu’il nous faut accompagner. Formation continue, protection sociale, représentation collective, etc. : la disruption du travail va bouleverser tous nos anciens repères. Et ne rien faire reviendrait à subir cette mutation inéluctable. Agir plutôt que subir, transformer les contraintes en opportunités. Voilà l’état d’esprit avec lequel le CJD affronte les évolutions qui s’imposent à notre société… et que notre société, dans ses nouveaux modes de fonctionnement, s’impose.

Agir plutôt que subir : voilà la posture que nous devons tous adopter, pour imaginer de nouveaux modèles de société.



[1] Ou économie des petits boulots.

[2] Michel Maffesoli, Le tribalisme postmoderne. Constructif N°13 - Février 2006.


Richard Thiriet, président du CJD
Le 2-05-2016
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