Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Plaidoyer pour la génération Y, celle de la débrouille et des start-ups

Celle qui devra aussi se dépêtrer des dettes accumulées par ses aînés, pour mener jusqu'au bout des politiques qui ont échoué...

Le Monde évoque « une drôle d’escalade libérale à droite ».

Oui le quotidien vespéral ne dissimule pas sa profonde réprobation envers la surenchère à laquelle se livreraient les candidats aux primaires de droite sur le front de la dette publique.

Initiée par François Fillon, y lit-on, une « dérive ultra-libérale » (car le libéralisme, pour Le Monde, est toujours « ultra » à la différence du socialisme) aurait entraîné l’ensemble des caciques républicains. Alain Juppé lui-même se serait ainsi aligné sur un discours qualifié de « thatchérien » en proposant de réduire les dépenses publiques de 100 milliards sur cinq ans. Ce qui est bien modeste face à une dette qui a dépassé les 2 000 milliards. Et Bruno Lemaire se targue de trouver une somme équivalente, en supprimant le statut de la fonction publique territoriale (1 million 800 000 personnes, qui ne risquent pas de voter pour lui…).

Il est vrai qu’à la différence de François Hollande en 2012, aucun candidat de la droite et du centre ne s’est engagé à rétablir l’équilibre budgétaire en fin de mandat. Promesse intenable, comme le vérifie l’actuel locataire du Palais de l’Elysée.

Nicolas Sarkozy n’avait pas apprécié que son premier ministre déclare qu’il dirigeait un Etat en faillite. Rappelons que, sous son mandat, la dette publique française est passée de 1 230 milliards à 1 826, soit une aggravation de 600 milliards.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Le déficit budgétaire de l’an dernier a été présenté comme une importante victoire politique, sous prétexte qu’il ressortait un peu moins désastreux que les prévisions : — 3,5 % de PIB. La même année, l’Allemagne était à l’équilibre. La dette publique française poursuit sa vertigineuse ascension vers le dangereux cap des 100 % de PIB ; celui à partir duquel le risque de défaut devient tellement menaçant que les créditeurs exigent des primes de risque. Elle était de 96,8 %, l’an dernier ; elle sera de 98,2 %, cette année.

Ce n’est pas grave, nous répète-t-on, tous les Etats sont lourdement endettés. Globalement, ils le sont davantage aujourd’hui qu’ils ne l’étaient pendant la crise des années 30. Il faut remonter aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale pour retrouver de tels niveaux. Et la politique non conventionnelle des Banques centrales, BCE en tête, permet d’emprunter à 0 %. Sans doute, mais même dans ces circonstances exceptionnelles qui ne sauraient durer toujours, la charge de nos dettes coûte à notre Etat dans les 45 milliards par an. Le deuxième plus gros budget de l’Etat après celui de l’Education nationale. N’y aurait-il pas mieux à faire, alors que nos infrastructures commencent à souffrir d’un cruel manque d’investissements ?

Et surtout, il s’agit d’une grave entorse au pacte intergénérationnel. Car ce sont nos héritiers qui devront s’en dépêtrer. C’est à eux qu’on va présenter l’addition. Et elle est lourde : chaque Français qui vient au monde hérite d’une dette de 40 000 euros. Elle n’était encore que de 25 000 euros il y a dix ans.

Je conseille à tous les candidats aux présidentielles de consulter l’étude publiée par le quotidien de gauche britannique The Guardian sur la Génération Y. On y découvre que ce sont les 20-30 ans qui, dans la plupart de nos pays paient, de manière prioritaire, la facture de la crise. Aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, en Italie et au Canada, le revenu disponible des jeunes est inférieur de 20 % au revenu moyen. La génération Y se plaint de ne pouvoir s’insérer normalement dans le monde adulte par le travail. Elle souffre d’une difficulté de l’accès au logement, dans un contexte de cherté des loyers et de précarité des premiers emplois, que n’ont pas connues ses parents.

Mais cette génération sacrifiée est aussi, contrainte et forcée, une génération entreprenante et dynamique. L’hebdomadaire La Tribune a publié, la semaine dernière un dossier sur la génération Y. Elle décèle chez ces jeunes une «culture de l’immédiateté », un haut niveau de formation et une familiarité avec les outils numériques. Ce qui autorise ce que la sociologue Monique Dagnaud a bien décrit comme une « culture de la débrouille », relayée notamment par un recours à l’économie collaborative; et la capacité à jongler avec plusieurs jobs en même temps. La flexibilité, merci, ils connaissent très bien et d’ailleurs, elle est conforme à leurs aspirations.

Les anciennes générations, celles qui tiennent encore la vie politique de notre pays, tentent de brider le pouvoir de désintermédiation des plateformes. Elles voient d’un mauvais œil ces nouveaux modes d’échanges entre particuliers qui minent l’ancien modèle du salariat et du commerce. La génération des start-ups est spontanément libérale. Que les politiques les laissent faire et nos Y feront redémarrer nos économies bridées. Ils le feront enfin à leur propre profit, plutôt que de continuer à servir de variable d’ajustement à un marché du travail qu’on voudrait conserver au formol, dans son état du XX° siècle.


Brice Couturier est journaliste, co-producteur et éditorialiste aux Matins de France Culture.

Brice Couturier
Le 27-05-2016
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