Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


A qui profitera la crise qui vient ?

La question n’est plus de savoir s’il y aura une nouvelle crise, mais bien qui favorisera l’éclatement imminent des bulles financières accumulées par les « politiques non conventionnelles » des Banques centrales.

Jacques Attali nous a réservé un pronostic qui fait froid dans le dos : la question n’est pas de savoir s’il y aura une prochaine crise financière, a-t-il dit, mais si celle-ci éclatera avant ou après les élections présidentielles de 2017. On se croyait sortis d’affaire, on avait tort. Attali n’est pas le seul à prédire l’imminence d’une nouvelle crise. Patrick Artus, dans son dernier livre, présage qu’elle sera pire que celle de 2008. Pourquoi ? Quelle forme peut-elle prendre ? Et quelles peuvent en être les conséquences politiques ?

Dès janvier, le financier George Soros déclarait : « la nouvelle crise a déjà commencé ». A ses yeux, si celle de 2008 nous est venue des Etats-Unis, et de l’énormité des crédits immobiliers (les subrimes), celle d’aujourd’hui arrive de la Chine. Et c’est l’atterrissage brutal de l’économie chinoise dont les effets de souffle vont nous secouer — avec violence. L’économie chinoise, dont Soros estime la croissance réelle à 3,5 %, conjuguée avec la baisse des prix des matières premières et du pétrole, va exercer sur l’économie mondiale des pressions déflationnistes.

Or, face à cette nouvelle crise, préviennent de nombreux économistes, nous serons cette fois démunis. Toutes les munitions dont on disposait ont déjà été tirées. Du côté de la politique budgétaire, les Etats sont bien trop endettés pour pouvoir financer des plans de relance ambitieux. Et du côté de la politique monétaire, les banques centrales, à coups de mesures non conventionnelles, ont épuisé toute la gamme de leurs outils. Il y a eu le relâchement monétaire, le crédit gratuit, le rachat des dettes publiques, puis des obligations de sociétés, le soutien indirect au prix des actifs… Avec des effets de plus en plus limités. Comment aller plus loin dans les politiques « non conventionnelles » ?

Le chef économiste de la BCE ? Peter Praet, en est à envisager le « largage d’argent par hélicoptère » — une technique qui consisterait à créer encore plus de monnaie et à la mettre directement entre les mains des ménages, afin de stimuler la consommation. Au risque de déclencher une inflation foudroyant. Comment mieux signifier qu’on ne sait plus quoi inventer et que toutes les options disponibles ont déjà été utilisées ? Sans succès.

Nous nous apprêtons à vivre la fin d’un monde, écrit le célèbre éditorialiste Anatole Kaletsky. Comme après la crise des années 1930, ou celle des années 1970. La crise des années 30, due à la déflation et au chômage de masse, fut surmontée par la révolution du keynésianisme. Les marchés furent considérés avec suspicion et on misa sur l’intervention des Etats pour relancer l’économie. La crise des années 70, fut marquée par la stagflation, mélange d’inflation et d’essoufflement de la croissance. Cette fois, c’étaient les Etats qui étaient critiqués. Et les gouvernements de Thatcher et Reagan mirent en application le néo-libéralisme de Milton Friedman : on déréglementa, afin d’émanciper les marchés.

Aujourd’hui, prévient Kaletsky, on découvre que la solution à la crise actuelle ne peut venir ni des Etats, ni des marchés, ni des banques centrales. Lui aussi préconise, dans l’immédiat, une distribution massive d’argent aux ménages. A travers notamment, une hausse significative des salaires minima.

Les commentateurs politiques en sont déjà à se demander à qui profitera la crise qui vient. Damian McBride, dans le Guardian londonien, hésite. Certes, la crise, qui se traduira par l’éclatement des bulles financières, peut déboucher sur une mise en cause du laisser-faire, par une mise en accusation des banquiers et par une demande de protectionnisme. Au Royaume-Uni, cela devrait faire grimper la cote de Jeremy Corbyn, qui prône la fin de la politique d’austérité des conservateurs. Mais aux Etats-Unis, selon McBride, c’est plutôt Donald Trump qui bénéficierait de la crise. Ses critiques de la politique d’amorçage de la pompe économique à coups de dettes publiques portent. Trump ne cache pas, d’ailleurs, qu’il souhaite que la bulle éclate avant les élections présidentielles, afin de propulser sa propre candidature.

Et en France ? Si la prochaine crise devait éclater dans les mois nous séparant de l’élection présidentielle, qui pourrait-elle bien favoriser ?


Brice Couturier est journaliste, co-producteur et éditorialiste aux Matins de France Culture.

Brice Couturier
Le 7-06-2016
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