Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Croire en l’avenir

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Pauvre France ! Dette, perte de compétitivité, déficit de la balance commerciale, chômage, croissance poussive… les raisons de se lamenter sont nombreuses. Au lieu d’attendre un hypothétique changement, mieux vaut le provoquer. Quelle société émergera de nos impasses actuelles ? Et dans cette société, quel rôle prendra l’entreprise ? Réflexion en trois temps avec les économistes Michèle Debonneuil et Pascal Perri, ainsi qu’avec le syndicaliste Laurent Berger.
Michèle Debonneuil, économiste :



Michèle Debonneuil rêve d’une société où la mise à disposition des biens et des personnes sera rendue possible grâce aux nouvelles technologies. Ce n’est pas là le simple développement d’un nouveau secteur de notre économie, mais bel et bien l’invention pour notre pays d’un nouveau cycle de croissance. Tellement nouveau que c’est une nouvelle économie qui apparaîtra : celle du quaternaire. Pour Michèle Debonneuil, le but de l’économie est la satisfaction des besoins. La croissance est possible par une satisfaction des besoins toujours plus grande. Aujourd’hui cela ne marche plus ! Pour retrouver un cycle positif, nous devons changer notre façon d’organiser cette satisfaction. Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui cette nouvelle organisation, en combinant intelligemment biens et personnes. Cela impactera fortement nos modes de consommation. D’abord par notre relation à la propriété. Pourquoi acheter une voiture alors que via mon Iphone, je peux en louer une et me la faire déposer en bas de chez moi ? Ensuite par le développement des services à la personne. Une heure de service à la personne par semaine consommée par chaque famille générerait deux millions d’équivalents temps plein. Je crée en effet une partie de l’emploi du chauffeur qui vient me livrer la voiture devant chez moi. On mesure mieux ainsi l’efficacité de ces services dans notre combat quasi désespéré pour retrouver un jour le plein emploi en France. C’est un réel changement de civilisation auquel nous allons assister : passer de « l’avoir plus » à « l’être mieux ».

Pascal Perri, économiste et géographe :



Retour à une réalité plus prosaïque avec Pascal Perri, qui pose un regard circonspect sur les conditions de possibilité de l’émergence d’une telle société. Pour lui, « la réalité du marché est très brutale » : comment rendre rentable une économie basée sur les services à la personne. La massification de ces services ne peut être possible que par leur rentabilité. Et pour que ces services soient rentables, il faut soit que l’État les finance, soit que les ménages puissent se les offrir. Or, dans un pays où le poids de la dépense publique est important (supérieure à 50 % PIB), l’État - rigueur oblige - traque toutes les niches ou incitations fiscales diverses pour se renflouer, ne serait-ce qu’un peu. De l’autre côté, celui du pouvoir d’achat des ménages, triste constat également : 18 millions de foyers fiscaux en France déclarent moins de 23 000 € de revenus annuels nets ? Comment se payer des services à la personne, quand 70 % des revenus des ménages sont déjà absorbés par le logement, l’impôt, le gaz et l’électricité. Seul 30 % des revenus constituent réellement du pouvoir d’achat. Reste à se nourrir, à se vêtir… La femme de ménage attendra…

Une culture du compromis


Pour financer ces services, et plus largement pour montrer la voie en proposant des politiques incitatives, l’État doit se réformer et mieux gérer son périmètre. Car le coût d’une fonction publique pléthorique, ce sont les salariés du privé qui le paie. « Les avantages de ceux qui ont un emploi à vie se paient au détriment des autres ». Faut-il relever l’impôt sur les sociétés ? Les entreprises françaises ne peuvent plus supporter davantage de pressions fiscales compte tenu de la concurrence internationale. 

Laurent Berger, responsable CFDT, Union régionale des Pays de Loire :


Laurent Berger, de la CFDT, partage ce diagnostic. Et rappelle qu’aujourd’hui, dans les entreprises françaises, et notamment dans les TPE/PME, les salariés sont globalement heureux. Il faut résister au pessimisme ambiant pour aller vers une culture du compromis. L’entreprise idéale n’existe pas, mais par le dialogue social, la communauté des acteurs de l’entreprise peut prendre en compte leurs intérêts divergents et construire un équilibre. La société actuelle a du mal à faire émerger un compromis et l’entreprise peut être un terrain de compromis possibles.

Et Pascal Perri de conclure : si l’entreprise idéale n’existe pas, certaines formes d’entreprise vont dans le bon sens. C’est le cas notamment des coopératives. Non délocalisables, elles n’ont pas de logique de rendement de 15 % par an et laissent le temps à l’investissement de donner ses fruits. En cela, elle est respectueuse de l’espace et du temps… Avec Michèle Debonneuil, Laurent Berger et Pascal Perri, des ébauches de solutions ont été esquissées pour insérer notre pays dans une dynamique plus vertueuse. Avec un mot d’ordre commun : croire en l’avenir !

Lionel Meneghin
Le 19-07-2010
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