Futurs Croire en l’avenir

Pauvre France ! Dette, perte de compétitivité, déficit de la balance commerciale, chômage, croissance poussive… les raisons de se lamenter sont nombreuses. Au lieu d’attendre un hypothétique changement, mieux vaut le provoquer. Quelle société émergera de nos impasses actuelles ? Et dans cette société, quel rôle prendra l’entreprise ? Réflexion en trois temps avec les économistes Michèle Debonneuil et Pascal Perri, ainsi qu’avec le syndicaliste Laurent Berger.
Michèle Debonneuil, économiste :

Michèle
Debonneuil rêve d’une société où la mise à disposition des biens et des
personnes sera rendue possible grâce aux nouvelles technologies. Ce n’est pas
là le simple développement d’un nouveau secteur de notre économie, mais bel et
bien l’invention pour notre pays d’un nouveau cycle de croissance. Tellement
nouveau que c’est une nouvelle économie qui apparaîtra : celle du quaternaire.
Pour Michèle Debonneuil, le but de l’économie est la satisfaction des besoins.
La croissance est possible par une satisfaction des besoins toujours plus
grande. Aujourd’hui cela ne marche plus ! Pour retrouver un cycle positif, nous
devons changer notre façon d’organiser cette satisfaction. Les nouvelles
technologies permettent aujourd’hui cette nouvelle organisation, en combinant
intelligemment biens et personnes. Cela impactera fortement nos modes de
consommation. D’abord par notre relation à la propriété. Pourquoi acheter une
voiture alors que via mon Iphone, je peux en louer une et me la faire déposer
en bas de chez moi ? Ensuite par le développement des services à la personne.
Une heure de service à la personne par semaine consommée par chaque famille
générerait deux millions d’équivalents temps plein. Je crée en effet une partie
de l’emploi du chauffeur qui vient me livrer la voiture devant chez moi. On
mesure mieux ainsi l’efficacité de ces services dans notre combat quasi
désespéré pour retrouver un jour le plein emploi en France. C’est un réel
changement de civilisation auquel nous allons assister : passer de « l’avoir plus » à
« l’être mieux ».
Pascal Perri, économiste et géographe :

Retour à une
réalité plus prosaïque avec Pascal Perri, qui pose un regard circonspect sur
les conditions de possibilité de l’émergence d’une telle société. Pour lui, « la réalité du marché est très brutale » :
comment rendre rentable une économie basée sur les services à la personne. La
massification de ces services ne peut être possible que par leur rentabilité.
Et pour que ces services soient rentables, il faut soit que l’État les finance,
soit que les ménages puissent se les offrir. Or, dans un pays où le poids de la
dépense publique est important (supérieure à 50 % PIB), l’État - rigueur
oblige - traque toutes les niches ou incitations fiscales diverses pour se
renflouer, ne serait-ce qu’un peu. De l’autre côté, celui du pouvoir d’achat
des ménages, triste constat également : 18 millions de foyers fiscaux en
France déclarent moins de 23 000 € de revenus annuels nets ? Comment se
payer des services à la personne, quand 70 % des revenus des ménages sont
déjà absorbés par le logement, l’impôt, le gaz et l’électricité. Seul 30 %
des revenus constituent réellement du pouvoir d’achat. Reste à se nourrir, à se
vêtir… La femme de ménage attendra…
Une culture du compromis
Pour
financer ces services, et plus largement pour montrer la voie en proposant des
politiques incitatives, l’État doit se réformer et mieux gérer son périmètre.
Car le coût d’une fonction publique pléthorique, ce sont les salariés du privé
qui le paie. « Les avantages de ceux qui
ont un emploi à vie se paient au détriment des autres ». Faut-il relever
l’impôt sur les sociétés ? Les entreprises françaises ne peuvent plus supporter
davantage de pressions fiscales compte tenu de la concurrence internationale.
Laurent Berger, responsable CFDT, Union régionale des Pays de Loire :

Laurent
Berger, de la CFDT, partage ce diagnostic. Et rappelle qu’aujourd’hui, dans les
entreprises françaises, et notamment dans les TPE/PME, les salariés sont
globalement heureux. Il faut résister au pessimisme ambiant pour aller vers une
culture du compromis. L’entreprise idéale n’existe pas, mais par le dialogue
social, la communauté des acteurs de l’entreprise peut prendre en compte leurs
intérêts divergents et construire un équilibre. La société actuelle a du mal à
faire émerger un compromis et l’entreprise peut être un terrain de compromis
possibles.
Et Pascal
Perri de conclure : si l’entreprise idéale n’existe pas, certaines formes
d’entreprise vont dans le bon sens. C’est le cas notamment des coopératives.
Non délocalisables, elles n’ont pas de logique de rendement de 15 % par an
et laissent le temps à l’investissement de donner ses fruits. En cela, elle est
respectueuse de l’espace et du temps… Avec Michèle Debonneuil, Laurent Berger
et Pascal Perri, des ébauches de solutions ont été esquissées pour insérer
notre pays dans une dynamique plus vertueuse. Avec un mot d’ordre commun :
croire en l’avenir !
Futurs







