Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Salvatrices sorties de route !

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Comment se fait-il qu’un écrivain et artiste, Albert Robida ait été capable d’imaginer à la fin du XIXe siècle quelques-unes des inventions qui allaient bouleverser notre vie un siècle plus tard, dessinant par exemple une femme choisissant de chez elle au travers de son écran en forme de miroir ovale les vêtements proposés à distance par un vendeur, alors qu’il y a dix ans encore, il ne manquait pas d’experts, surtout en France, pour nous expliquer que le commerce électronique « cela ne marcherait jamais » ? C’est que l’innovation n’est pas la recherche et que ce qui compte, c’est la rencontre du techniquement possible avec les aspirations profondes de la société. Les prévisions scientifico-techniques ne savent pas bien anticiper les ruptures, regrette Pierre Papon, qui montre que la prospective n’est pas condamnée à extrapoler les tendances du passé, si elle est plus attentive aux concepts déviants et aux attentes de la société. Et il brosse une brillante fresque des connaissances actuelles et de leurs devenirs possibles, qui permettra à chacun de discerner ce qui est en émergence dans le domaine qui l’intéresse, sans avoir besoin pour autant d’être un spécialiste. Il explique en particulier que l’on « peut identifier quatre grands chantiers du futur : le travail, la santé, les questions d’alimentation, le duo énergie-climat. Le “développement durable” de la planète est un enjeu de ces chantiers. »

L’innovation tout comme la prospective reposent sur la production d’idées nouvelles. « Produire des idées, nous le faisons tous les jours, naturellement, spontanément », notent Guy Aznar et Stéphane Ely, mais comment comprendre le mécanisme de cette production « pour l’améliorer, l’enseigner, partager collectivement cette aventure puisque, nous le savons, nous sommes tous créateurs ? »

Les deux praticiens expliquent que « pour inventer, deux modes de pensée complémentaires peuvent être mis en jeu. Un premier, celui de la logique, qui s’épanouit dans la science en marche, et un autre, celui de la pensée créative. » Cette dernière « a pour caractéristique de ne pas suivre la ligne droite des enchaînements dictés par la loi des causalités, mais de faire un saut, un détour. C’est une rebelle » qui pratique des « sorties de route ».

Guy Aznar et Stéphane Ely montrent comment faire converger en pratique différentes méthodes, exploitant aussi bien les avantages de la rapidité que de la lenteur qui « donne le temps de se laisser flotter dans les méandres de l’imagination, [qui] facilite un état d’attention diffuse, » une « aptitude à mettre tous ses sens aux aguets. »

Ces éléments de méthode seront bien utiles, note Hugues de Jouvenel, pour que chacun valorise « les ressources immenses (conscientes et inconscientes) que détiennent les individus »,les exprime, « puis, avec toute l’énergie nécessaire — y compris pour vaincre le poids des habitudes —, transforme les idées en actions ; ceci valant aussi bien pour nos propres manières de vivre que pour refonder une société dont le paradigme de base est clairement dépassé. »

Dominique Lacaze : Albert Robida, explorateur du XXe siècle. pp. 61-71. Hugues de Jouvenel : La force des idées. Pierre Papon : L'anticipation des ruptures. La prospective des sciences et techniques, et l’identification précoce des zones de rupture, pp. 5-24.Guy Aznar et Stéphane Ely : L'émergence des idées. Créativité et prospective : des démarches complémentaires, pp. 25-42, par. Futuribles n° 366, septembre 2010. Et Guy Aznar et Stéphane Ely, La posture sensible dans le processus des idées. Editions Créa Université, 2010. http://creativite-sensible.com/

André-Yves Portnoff
Le 12-09-2010
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