Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Penser son époque avec Luc Ferry (2/2)

Crédit : Sylvia GALMOT
Suite et fin de notre grand entretien avec le philosophe Luc Ferry. Ubérisation, troisième révolution industrielle, avenir du capitalisme, régulation...

Dirigeant : Dans La révolution transhumaniste, vous consacrez de nombreuses pages à l’uberisation de l’économie. Quelle lien opérez-vous entre le transhumanisme et ce phénomène de l’uberisation ?

Luc Ferry : En fait, le transhumanisme et les plateformes de l’économie collaborative du type Uber, Airbnb, blablacar, etc. sont les deux retombées majeures de la même plateforme technologique, celle de la troisième révolution industrielle. Disons les choses clairement : sans le traitement informatique des big data, sans les objets connectés et, surtout, sans l’intelligence artificielle, il n’y aurait ni séquençage du génome, ni ingénierie génétique, ni économie collaborative. Mais il y a plus : les projets sont philosophiquement proches. Dans tous les cas de figure, il s’agit de passer du destin subi à la liberté de choix, de l’hétéronomie à l’autonomie. Avec Uber ou Airbnb, les particuliers entendent bien s’arranger entre eux en se passant des intermédiaires qu’ils perçoivent comme des parasites. C’est sans doute en partie injuste - car les intermédiaires créent des emplois, ont des charges sociales, des normes de sécurité à respecter, etc. - mais c’est bien l’idée qui préside à la naissance de l’économie collaborative. Enfin, ce sont souvent les mêmes entreprises, notamment les GAFA, qui financent les deux mouvements.


Dirigeant : Jeremy Rifkin prophétise la fin du capitalisme. Les faits semblent pour le moment lui donner tort. Quelle est votre analyse ?

L.F. : Jeremy Rifkin, prétend contre tout bon sens qu’on entre dans l’âge du partage, de l’accès, de la fin du profit, de la propriété et du capitalisme. C’est une pure blague, pour ne pas dire une imposture intellectuelle ! C’est tout l’inverse. Nous vivons une dérégulation massive. Les hôteliers en concurrence avec Airbnb ont des salariés, des charges sociales, des normes handicap, incendie, etc Les particuliers n'ont pas ces obligations, ce qui crée une situation de concurrence inégale qu’il va falloir réguler. C'est également du dumping social car la robotique liée à l’intelligence artificielle fait de plus en plus faire aux particuliers du travail sans charges sociales. Nous n'allons pas vers la fin du capitalisme mais vers un super-capitalisme accompagné de dérégulation, de marchandisation et de dumping social. Les avantages sont énormes, les dangers aussi. Dans le mouvement incessant de création-destruction des emplois que la troisième révolution industrielle va accélérer, il est urgent de comprendre que ce sont les personnes qu'il faut protéger, pas les « postes ».

Propos recueillis par Lionel Meneghin
Le 2-05-2017
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