Septembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Inclusion, je code ton nom

Nous dessinons un monde où celui qui fait est celui qui sait. A la « fracture numérique » des usages, s’est substituée une « fêlure socio économique » des langages. Ces langages informatiques pourraient cliver (les générations, les hommes et les femmes, les nantis et les délaissés…) comme ils pourraient inclure.

L’artiste Albertine Meunier a encouragé des femmes âgées de plus de 70 ans à descendre dans la rue munies de tablettes pour questionner quant à la signification de « roploplos » de jeunes passants étonnés. Autre démarche iconoclaste proposée au Ministère de l’intérieur peu après le 13 novembre 2015 par les animateurs de l’école 42 : déployer un réseau de grands-mères prêtes à consacrer quelques heures hebdomadaires à détecter des publications suspectes sur internet. Deux initiatives soulignant les lignes de partage sociétales tour à tour esquissées et effacées par le numérique.

Dans la sphère de la production d’abord. Les femmes représentent 21% des ingénieurs de l’informatique.Elisabeth Bargès, Public Policy Manager Innovation de Google France, milite pour que ce ratio progresse et avance que « le numérique offre un environnement bienveillant pour les femmes : égalité salariale, articulation des temps de vie /compréhension des impératifs personnels, télétravail, hiérarchie aplanie, etc. »Au sein de l’école Simplon, connue pour sa vocation à démocratiser l’apprentissage de la programmation informatique, certaines « promos » surpondèrent la représentation féminine à 70% pour « pallier le syndrome de l’imposteur encore à l’œuvre même lorsque la gent féminine atteint 50% de la population apprenante » relate Frédéric Bardeau l’un de ses fondateurs.

Dans celle des usages ensuite : les seniors, réputés marginalisés par la déferlante des NTIC, s’acculturent vite, aidés en cela par les fabricants et la jeunesse qui les pousse à la roue. A l’instar de la remarquable initiative de FCB Brazil reliant, via des webchats réguliers, de jeunes brésiliens désireux d’améliorer leur anglais à des retraités américains sujets à la solitude.

« Je ne cherche pas les erreurs dans les logiciels, je les vois », assène Mélanie employée par Auticon, cabinet de conseil informatique ayant choisi d’œuvrer pour moitié avec des consultants autistes. « L’an passé, 85 étudiants de l’école 42 à Paris se sont spontanément mobilisés autour d’un plan de collecte de données sur l’autisme » raconte Kwame Yamgname, désormais affairé à l’ouverture de l’antenne californienne où il observe déjà des comportements similaires à ceux des étudiants de Paris : « beaucoup visionnent des Tedx aspirationnels, s’interrogent sur leur contribution concrète à l’amélioration de l’état du monde. Pourquoi se soucieraient-ils d’abord de leur plan de carrière compte tenu du manque patent de développeurs ? »

Dans un registre humanitaire, l’australienne Alexandra Clare prend acte du manque drastique de compétences exprimées par les acteurs des NTIC, d’une part, du besoin flagrant de dignité dans les zones conflictuelles, d’autre part. Re:Coded initie au code, langage transnational quoiqu’empreint d’anglais, les déplacés syriens en Irak. Cette année, 800 jeunes dont 40% de femmes, ont été intensivement formés pendant huit mois dans quatre bootcamps. L’ONG permettra à la vaste majorité de trouver un emploi local, en télétravail ou non. Le code, son apprentissage, sa diffusion, l’appropriation de ses applications ébauche maintes réconciliations possibles.Dans leur fabrication, leurs usages, et leurs visées, les TIC embarquent toujours plus bidouille, collaboration, résilience et propagation. Une bonne nouvelle à propager ?


Bastoun Talec
Le 28-06-2017
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