Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Evaluer les gouvernances, une science forcément inexacte

Mesurer la performance des futures gouvernances, c’est moins arrêter des indicateurs que proposer – et partager – une intention.

La nécessité de l’évaluation constitue sans doute le filigrane de toutes les mutations significatives. La mesure est en effet l’étalon qui doit permettre d’objectiver la valorisation d’un nouveau modèle. Les futurs systèmes de gouvernance n’échappent pas à la règle. Mais que doit-on et que peut-on mesurer ? Quels indicateurs choisir ?« Les critères peuvent porter sur la composition, l’efficacité et la responsabilisation du conseil d’administration, sa politique du conseil en matière de renouvellement des administrateurs et de diversité (compétence, expérience, âge, race et genre) », remarque Sandrine L’Herminier, présidente de Positive Impact, cabinet conseil en RSE.

Mesurer la capacité de transformation

La gouvernance, a fortiori dans ses formes les plus nouvelles, n’est pas une fin en soi. C’est d’abord le moyen institutionnel de l’action politique. Si elle doit être évaluée, c’est donc sans doute davantage dans sa capacité de transformation que dans ses propres équilibres et règles internes, comme c’est encore essentiellement le cas dans les pratiques actuelles (voir encadré). « On pourra ainsi veiller à ce que la performance de la rémunération des dirigeants soit étroitement liée à la stratégie et aux objectifs de long terme de l’entreprise ; à ce que l’augmentation des rémunérations des dirigeants soit en ligne avec celle des salaires dans l’ensemble de l’entreprise », développe Sandrine L’Herminier. Bref, l’évaluation des futures gouvernances s’inscrira avant toute chose dans une logique de progrès. Il ne s’agira pas seulement de mesurer du stock. Encore faudra-t-il, en complément, se donner les moyens d’évaluer les flux.

Prenons l’un des critères les plus surveillés : la mixité. Est-ce le ratio de femmes dans l’entreprise que l’on doit évaluer ? Ou bien des éléments ô combien plus délicats à circonscrire : l’évolution de leur carrière sur 20 ans, l’accès aux dispositifs formels et informels de progression, la nature des courbes salariales…

Indicateurs « quali » au moins autant que « quanti »

Décider de ce que l’on souhaite mesurer en matière de gouvernance est une chose. Acter la pertinence même de la mesure en est une autre, au moins aussi délicate. On crédite souvent la mesure, et plus encore les indicateurs qui la sous-tendent, des vertus de l’objectivité. Mesurer engagerait nécessairement une grammaire quantitative, donc peu contestable, car peu suspecte de trahir le réel. Or, les entreprises étant des organisations humaines et, comme telles, des organismes vivants, où cohabitent des réalités visibles et invisibles, la mesure de la gouvernance et de ses effets ne peut y être envisagée comme une démarche nécessairement ou exclusivement quantitative et en aucun cas comme une garantie d’objectivité.

« Les indicateurs comportent certaines limites : ils peuvent encourager de mauvais comportements lorsque les critères s’avèrent non pertinents, ils peuvent susciter de la résistance chez les salariés, ils peuvent nuire à la progression de ce qui n’est pas mesurable », affirmeHédia Zannad, Professeur à Neoma Business School, Campus de Rouen.La diversité par exemple. Nul ne peut en contester le bien-fondé moral et politique. La promotion la diversité est généralement associée à la lutte contre la discrimination. Or, favoriser la diversité et prévenir la discrimination répondent à des visées très différentes, voire incompatibles. Car favoriser la diversité, c’est nécessairement prendre le risque d’accroître la discrimination. Dès lors, ici, plus que la mesure elle-même, c’est bien l’intention de la mesure qu’il convient de préciser.

« Les indicateurs sont des outils imparfaits, donc insuffisants, mais nécessaires. On ne peut avancer sans mesurer. Ce qui est important, ce n’est pas tant le choix des indicateurs que le fait qu’il soit fait à bon escient. Autrement dit, ce qui doit guider la mesure, c’est la conscience de ce que l’on souhaite faire et le souci de partager cette intention avec la collectivité », soutientHédia Zannad.

Muriel Jaouen
Le 2-10-2017
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