Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Donner du pouvoir aux femmes, c'est la recette du développement

Il y a un domaine où les données, pourtant essentielles, font cruellement défaut, c’est celui qui concerne « les besoins des femmes et des jeunes filles » dans les pays en développement. C’est en tous cas le sentiment du principal responsable de la Fondation Bill & Melinda Gates.

Marc Suzman observe que les Objectifs du Développement Durable (ODD), lancés récemment par l’ONU ont fait l’impasse sur la violence sexiste et les discriminations économiques envers les femmes. Sur les « 17 objectifs » on n’en trouve qu’un, le cinquième, qui concerne l’égalité entre les sexes. Dans ce domaine, les Nations-Unies, constate-t-il, se contentent de vœux pieux et de proclamations. Mais – je le cite « _l’un des plus grands obstacles réside dans le manque de données probantes sur les problèmes qui touchent disproportionnellement les femmes et les jeunes filles, comme les droits fonciers, l’accès à l’éducation, à la planification des naissances ou les soins de santé. Or, ces données sont essentielles pour déterminer ce qui donne ou non des résultats et suivre les progrès réalisés. »

Les Objectifs du Développement Durable ont retenu quatorze « indices de progrès » liés à l’objectif d’égalité entre les sexes. A quoi bon ? La plupart des pays n’en mesurent que trois. Or, il est essentiel de disposer de données concernant des éléments aussi essentiels que le pourcentage des jeunes filles qui ont accès à l’enseignement secondaire, ou l’âge du mariage et du premier enfant.

Mariage précoce et instruction de niveau secondaire sont incompatibles.

Ce que beaucoup de dirigeants n’ont pas compris, c’est que le développement économique est directement lié à l’émancipation des femmes. Et cela commence avec leur niveau d’éducation. Les chiffres disponibles le mesurent avec précision. Lorsque les jeunes filles ont réellement accès à l’enseignement secondaire, la probabilité qu’elles soient mariées avant 18 ans est 6 fois moins élevée que dans le cas contraire. Or, selon Thoai Ngo, directeur du Programme Pauvreté, Genre et Jeunesse au Population Council, près d’un tiers des filles en âge scolaire à travers le monde n’ont pas accès à l’école, primaire ou secondaire.

Et réciproquement. Car si elles sont mariées de manière précoce, elles ne sont plus autorisées à fréquenter une institution d’enseignement… Oui, tout se tient, en effet. L’un des principaux obstacles à l’éducation des filles c’est précisément le mariage précoce, généralement imposé par la famille. Chaque année, 15 millions de jeunes filles sont mariées avant 18 ans et souvent, beaucoup plus tôt... Le mariage de ces femmes-enfants entraîne presque automatiquement des grossesses précoces.

Pour lutter contre la dépendance, miser sur « l’empowerment ».

Première conséquence, qui commence à faire l’objet de mesures, celle-ci, les filles mariées avant 18 ans voient réduite leur mobilité. Le périmètre géographique à l’intérieur duquel elles peuvent se déplacer s’amoindrit du fait de la surveillance dont elles font l’objet. Cela a été mesuré avec précision en Afrique du Sud. Les filles y voient leur « accès spatial » se réduire de près d’un tiers lorsqu’elles atteignent l’âge de la puberté, alors que celui des garçons double au même moment. Du coup, bien entendu, leurs opportunités sociales et professionnelles se réduisent d’autant. Et leur dépendance envers leur époux et sa famille s’accroît. Cela aussi se mesure : dans les pays à revenus faibles, 79 % des hommes ont accès au marché du travail, contre 47 % seulement des femmes.

L’intérêt de ces pays est donc d’équiper les jeunes filles de compétences afin d’accroître leur autonomie et leur participation à la vie économique. Et l’auteur de l’article, Thoai Ngo, fait référence au concept d’empowerment », forgé par Amartya Sen. On peut le rendre de toute sorte de manières, par autonomisation, responsabilisation, pouvoir d’agir, ou encore élargissement du champ des possibles. Car il ne s’agit pas seulement de permettre aux femmes d’être productives, mais de gagner du pouvoir au sein de leur famille.

Et l’auteur de préconiser des investissements massifs dans l’éducation des filles, mais aussi dans leur santé, ainsi qu’une généralisation de l’information sur les méthodes contraceptives. Celles-ci permettent aux femmes de maîtriser la taille et la structure de leur famille.

Tester l’efficacité des programmes : beaucoup de bonnes intentions suivies de très peu d’effets bénéfiques sur le terrain...

Toutefois, précise Thoai Ngo, il y a bien trop de programmes d’aide au développement, dont les concepteurs sont des « acteurs bien intentionnés », mais qui se sont révélés inefficaces sur le terrain. Ils sont en général inspirés par une conception des filles comme « des victimes qu’il conviendrait de sauver », et non comme des actrices de leur propre émancipation. Ce qu’elles aspirent à être si on leur en donne les moyens.

Et Mark Suzman, de la Fondation Bill et Melinda Gates de renchérir dans un sens, lui aussi, inspiré par les théories d’Amartya Sen : « Les avantages de l’équité apparaissent également lorsque les femmes ont accès aux services financiers de base, comme la possession d’un compte en banque et la possibilité d’obtenir un crédit. »

Conclusion. « Lorsqu’on enlève les obstacles auxquels sont confrontés les plus vulnérables dans la société, les effets sont transformateurs » et bénéfiques pour l’ensemble de ses membres. Aider les filles à s’instruire, c’est aider à se développer les pays dont elles sont citoyennes.

Brice Couturier
Le 17-11-2017
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