Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Alliance en confiance

Mathieu Chaveneau dirige une ONG à Poitiers. Son association a impulsé un mode de gouvernance, où mutualisation entre organisations, implication des salariés et intelligence collective sont à l’œuvre.

Sportif de formation, Mathieu Chaveneau dirige Kurioz, une association d’éducation à la solidarité internationale et au développement durable. La structure poitevine sensibilise le milieu scolaire grâce à des outils ludiques et pédagogiques. Avec 7 salariés permanents, son association s’implique dans la formation de jeunes volontaires pour des missions de coopération internationale. Adhérent du CJD, Mathieu Chaveneau y trouve l’inspiration et rencontre des entrepreneurs engagés. Il prend conscience des ponts à créer entre les entreprises classiques et les structures sociales. Et adopte les valeurs et la posture du dirigeant du CJD : bienveillance, confiance, droit à l’erreur comme piliers du management. Ancien directeur de Centre socio-culturel, Mathieu rejoint Kurioz il y a 4 ans en tant que directeur.

DE LA MUTUALISATION…

A son arrivée, l’association vient de fermer son activité d’imprimerie et laisse un bâtiment de 500m2 désormais vide. Le conseil d’administration crée alors un espace pour accueillir d’autres structures de l’économie sociale et solidaire. En 2014, 8 associations et coopératives intègrent cet espace de co-working, inédit dans la région. Tous les services y sont mutualisés : la cuisine, les photocopieurs, le parking, la salle de visio-conférence. Dès sa création, le partage est au cœur des valeurs du lieu. « Au delà de la mutualisation matérielle, nous voulions créer des ponts entre les équipes et soutenir nos projets respectifs. Mettre l’accent sur nos complémentarités plutôt que sur nos différences.». D’abord informels, les échanges se structurent et une réflexion inter-organisation est lancée. Une aspiration commune est mise en lumière : œuvrer pour le territoire.

Tout un processus de concertation se met en route. Mathieu Chaveneau, formé à l’intelligence collective et représentant de l’association propriétaire des locaux, prend le lead de la démarche. Pour lancer l’innovation collective, l’Université du Nous forme toute une journée l’ensemble des collaborateurs. Des réunions inter-structures sont organisées, créant un véritable espace de dialogue. « Pour plus d’efficacité, l’animation des réunions se fondent sur la décision par consentement. Et non par consensus. Tous les projets d’innovation sont conduits sur ce modèle »

Ce travail de fond permet aux 25 salariés d’établir 3 grandes priorités : le gaspillage alimentaire, la Silver Economy et la mesure de l’économie du territoire. Ces travaux sont féconds : des projets sont lancés et des organisations autonomes sont créées. Une SCOP dans le domaine du tourisme responsable ; un Living Lab qui adresse la question des seniors.

… A LA CONCERTATION

En 2016, les organisations se dotent d’une entité juridique propre : ESSAIM. L’objectif de cette alliance est de formaliser les principes de fonctionnement et de porter des actions d‘influence sur le territoire. Leur ambition : favoriser l’emploi local et l’ancrage territorial. Les groupes de travail se gèrent en totale autonomie et les salariés s’emparent d’eux-mêmes des sujets. « Cette posture d’ouverture met les collaborateurs au cœur de la démarche. Le dirigeant devient un facilitateur. C’est très proche du concept d’entreprise libérée. Le dirigeant ne sert plus de filtre entre l’innovation et ceux qui font l’innovation ».

Selon Mathieu Chaveneau, la principale difficulté, c’est le temps. Le temps de mise en place, et le temps d’assimilation par tous et toutes. Certains salariés trouvent également que leur organisation n’est pas aussi participative que l’alliance. Ils souhaitent s‘impliquer en interne sur des sujets tels que le recrutement, le budget. Mathieu Chaveneau décide alors de déléguer la création du plan stratégique à ses équipes. « Déjà, il faut trouver des gens avec qui tu as envie de le faire. Et ensuite faire participer tout le monde, de l’agent d’entretien au dirigeant. C’est beaucoup plus riche que ce que j’aurais fait tout seul. Tu as ton équipe derrière toi…et parfois devant toi ! »

Et cela libère du temps pour le dirigeant, pour aller vers de nouveaux marchés, pour se développer à l’extérieur. Et emmener encore plus loin son organisation.


Amandine Saint-Val
Le 15-11-2017
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