Octobre 2018


Pour le dirigeant, se débarrasser de l’idée qu’il n'a pas le temps, qu’il est débordé...

Vaste sujet et sujet vastement débattu : le temps. Le thème qui fait florès est que le temps n’existe pas, qu’il est une illusion. Il y a une ironie à tant parler et tant écrire sur quelque chose qui n’existerait pas.

La physique quantique, très à la mode actuellement, surtout pour parler d’autre chose que la physique, est appelée à la rescousse. Le temps serait finalement une idée abstraite qui n’aurait pas de réalité et la « flèche du temps » – c’est-à-dire le sens dans lequel il s’écoule – ne serait finalement pas une fatalité : Benjamin Button est peut-être parmi nous, à moins que ça ne soit l’homme immortel [1][2]. Dieu seul, peut-être, a ce privilège de voir tant parler de son absence ou de son inexistence. Et d’ailleurs le temps a quelque chose de divin dans son statut, par sa puissance, par son caractère incontournable. Or, quelque chose de lui existe réellement, que je peux constater et même mesurer, les traces de son passage sur mon visage, sur mon corps. Les rides qui viennent, jour après jour, creuser mon front ; les plus grandes difficultés à récupérer d’un effort physique ou d’une soirée tardive.

Nous savons cela, quel que soit notre âge, même si les sévices du temps n’ont pas encore écrit leurs stigmates dans notre corps. Et peut-être même le savons-nous trop bien. Au point de faire justement du temps un dieu tout-puissant sans lequel rien ne serait possible. Nous faisant croire, par conséquent, que tout prend du temps, que rien ne se fait sans lui. Nous envisageons ainsi toute transformation à l’aune du temps passé ; plus elle nous semble importante, plus nous pensons qu’il faut du temps pour l’accomplir. En cela, nous pouvons sentir le bénéfice des négateurs du temps : ils nous questionnent, sans que nous ayons nécessairement à leur donner raison, sur notre rapport au temps.

Récemment, lors d’un stage de formation pour le CJD Ile de France que j’animais – Entreprendre, un voyage héroïque – une participante témoignait à la fin combien elle était surprise de la rapidité avec laquelle certaines prises de conscience pouvaient se faire et combien ce changement dans le regard avait provoqué des changements plus importants. Certaines choses, disait-elle, sont accessibles sans délais.

Le temps existe, assurément : non seulement il laisse des traces dans notre corps mais, de plus, il enfante l’histoire, éloigne de nous des êtres chers et rend possible l’espérance en nous donnant un avenir. Cela n’implique pas qu’il soit la mesure de toute chose ni qu’il devienne le maître absolu de chacun d’entre nous en donnant le tempo de tous nos actes. Ceci commence peut-être, pour les dirigeants – qui ont donc l’ambition de diriger, en commençant par se diriger eux-mêmes – par se débarrasser de l’idée qu’ils n’ont pas le temps, qu’ils sont débordés. Que tant et tant de choses sont hors de leur portée faute d’avoir du temps. Preuve donc que le temps ne leur appartient pas. Ce qui me permet de conclure ce texte par une hypothèse : chaque minute qui passe est vôtre ; il n’en faudra peut-être pas plus pour satisfaire vos ambitions les plus élevées.


[1] Benjamin Button est le héros du film « L’étrange histoire de Benjamin Button », qui raconte la vie d’un homme pour lequel le temps s’écoule à l’envers : il naît vieux et meurt nourrisson.
[2] Laurent Alexandre a prédit, notamment dans un TEDx, que l’homme qui vivrait 1000 ans serait déjà né. Une autre façon, plus « technologique », de nier le temps.


Laurent Quivogne – www.lqc.fr


Laurent Quivogne
Le 12-12-2017
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz