Octobre 2018


Notre développement personnel passe par plus d'aisance à traverser les saisons du coeur et de l'âme

Une célèbre enseigne de grande distribution avait fait de « Je positive » son slogan. C’était en 1988 et ce mouvement dure encore, sinon dans les publicités de l’enseigne en question, du moins dans certains discours incitant à plus d’optimisme, plus de pensée positive, plus de joie.

Il semble évident que, dans une société minée par l’anxiété, où la morosité occupe une place importante, alors que les défis de toutes sortes semblent menacer l’avenir, un tel discours a des effets bénéfiques. Car si je suis en proie à l’abattement, ma capacité d’action est très limitée. Si, au contraire, je retrouve la possibilité de la joie, de l’enthousiasme, de l’optimisme, alors je peux regarder le monde plus sereinement et, soit agir quand la possibilité m’en est donnée, soit m’accommoder de ce que je ne peux changer en gardant confiance.

Autrement dit, le discours positif présente la vertu de nous sortir du totalitarisme de la dépression.

Je crois néanmoins que ce mouvement doive être envisagé sous l’angle d’un retour à l’équilibre. Un funambule sur son fil, utilise son balancier pour retrouver un équilibre alors qu’il se sent penché d’un côté. On ne saurait prétendre pour autant que le mouvement vers l’autre côté qu’il initie soit bon pour lui de façon absolue.

Or, il semble qu’il y ait dans les discours répandu une sorte d’a priori, qui énoncerait quelque chose comme : « la joie est supérieure à la tristesse ». Il est certain qu’être de bonne humeur – ou vivre dans une bonne ambiance, ou avoir le sourire – est plus confortable que le contraire. Et d’ailleurs, il est évident qu’une vie sans sourire est un cauchemar. Néanmoins, existe-t-il une vraie joie sans aucune tristesse, peur ou colère ?

Tout cela ressortit à une sorte d’écologie de l’âme. Je me souviens avoir rêvé, enfant, par des nuits d’été envahies de moustiques, que les insectes disparaissent de la surface de la terre ; c’est en train d’arriver et ce n’est pas une bonne nouvelle [1]. Nous nous réjouissons d’une journée ensoleillée et nous gémissons contre le mauvais temps ; mais le réchauffement climatique ou l’absence d’une pluie suffisante pour alimenter les nappes phréatiques sont des calamités.

Pour l’équilibre climatique et la prospérité de nos sociétés, notamment sur le plan agricole, il importe que nous traversions toutes les saisons : du soleil et de la chaleur, mais aussi de la pluie, du vent, de la neige et du froid. De même, au plan personnel, il importe que nous traversions toutes les saisons de la vie. Oui, il faut de la joie dans l’existence, mais il faut aussi des nuages, des orages et des nuits de gel. « Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie. », dit le poète Khalil Gibran dans Le Prophète [2].

C’est ainsi, je crois, que notre propre développement personnel passe, non pas par plus de joie, plus de bonheur – sauf à retrouver une capacité au bonheur et à la joie –, mais par plus de fluidité à naviguer et plus d’aisance à vivre et à traverser les saisons du cœur et de l’âme.

Alors oui, je positive, mais parfois non.


[1]https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/disparition-des-insectes-en-europe-c-est-l-ensemble-de-la-biodiversite-qui-est-en-declin_2427369.html

[2] Le Prophète, Khalil Gibran, Gallimard 2017

Laurent Quivogne – www.lqc.fr


Laurent Quivogne
Le 20-12-2017
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