Octobre 2018


Vacances illimitées, vacances libérées ?

Martiel Demange
Des vacances illimitées ? Beaucoup en rêvent et certains en profitent, comme les salariés de Netflix aux Etats-Unis depuis 2004 ou encore plus récemment, ceux d’Indeed, Evernote… Un système qui repose sur la responsabilité et la confiance.

Instaurées à l’origine pour permettre plus de flexibilité et régler en partie le problème des jours de congés non utilisés (reportés d’année en année sans limites, et payables en fin de contrat), les vacances illimitées annulent ce système, mais restent toutefois assez minoritaires outre-Atlantique. Seuls 3 % des employeurs les ont adoptées. Il n’empêche, le concept apparu dans la Silicon Valley a traversé l’océan. A Londres, Richard Bronson, le milliardaire britannique fondateur de Virgin, permet aux collaborateurs de son Groupe de poser des vacances quand bon leur semble, à condition qu’ils soient à jour dans leur travail. Exception faite de la France, du fait de sa législation sociale. Perçues comme une marque de confiance et de modernité par les salariés, les vacances illimitées permettent aux collaborateurs d’une entreprise de parvenir à un bon équilibre entre leurs vies professionnelle et privée. L’effet vacances va même plus loin. Les salariés seraient moins stressés, plus heureux, en meilleure santé, plus investis et motivés. Même s’il semble difficile d’imaginer un tel dispositif dans toutes les entreprises, quelle que soit leur activité, l’idée même de vacances illimitées traduit un changement de la perception du travail. « Avec ce type de management, expliquait en juillet dernier dans le journal Les Echos, Loïck Roche directeur général de Grenoble Ecole de Management, on part du principe que l’on peut faire confiance aux gens. Cela signifie que l’on considère le bien-être des salariés comme un investissement pour l’entreprise. »

Des entreprises françaises pionnières

Dès 2011, au moment de sa création, la société Evercontact, start-up francilienne, a mis en place ce dispositif suivie trois ans plus tard, par le groupe immobilier Avinim, implanté à Remiremont dans les Vosges et dirigé par Martial Demange. « Ce n’est pas ma dizaine de collaborateurs qui me l’a suggéré explique-t-il ; c’est le résultat d’une réflexion personnelle et d’un travail de 20 ans au CJD, cela relève avant tout d’un état d’esprit. C’est la démarche qui importe. Il faut regarder les opportunités beaucoup plus que les risques : qu’est-ce que ça me coûte ? Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Qu’est-ce que j’ai à gagner ? Bien évidemment, le travail doit être fait et le client satisfait. » Chez Avinim, le collaborateur remplit une fiche sur laquelle il indique qu’il prend un jour, deux jours… jusqu’à présent personne n’a dépassé une semaine supplémentaire, en plus des congés légaux. Et même si c’était le cas, Martial Demange considère que son équipe est assez intelligente pour ne pas mettre en péril l’activité de l’entreprise. « Lorsque j’ai proposé à mes collaborateurs de mettre en place ce dispositif, ils m’ont simplement demandé de donner cette possibilité à tout collaborateur rentrant, au bout de deux ans d’ancienneté. » Quand on évoque de possibles abus, il répond biomimétisme. « Dans la nature, lorsqu’un élément parasite ou dangereux s’introduit, soit le système est contaminé, soit il s’autorégule. En entreprise, si une personne abuse du dispositif, elle s’exclura du groupe. »

Un système « généralisable » en France ?

Adoptés depuis par quelques start-ups, à l’image de Kwanga, société de 11 collaborateurs ou encore Popchef, 25 salariés, qui livre chaque jour des centaines de repas dans Paris, les congés illimités permettent, expliquent ceux qui les ont mis en place, de conserver la motivation des équipes à leur zénith. « Je suis convaincu, expliquait Philippe Laval fondateur de Kwaga sur France Info, que le succès d’une start-up repose sur la cohésion, la créativité et l’envie de travailler ensemble de son équipe. Les congés illimités y contribuent. » En France, pays de normes, le minimum légal de jours de congés payés est fixé par la loi et ces jours ou semaines supplémentaires, payés, s’ajoutent aux congés légaux et viennent repenser le temps de travail.

Reste qu’il existe un risque. Certains pourraient développer le syndrome du bon élève. Autrement dit, pour ne pas nuire à l’ensemble et persuadés de ne pas avoir achevé les missions confiées, ils pourraient ne jamais en profiter !


Isabelle Chatain
Le 29-03-2018
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz