Juin 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le rêve d’aujourd’hui est le cauchemar de demain, ou la question de notre liberté

Une courte vidéo de Joël de Rosnay, parue en 2011, a fait le buzz au point que l’auteur sort un livre actuellement, La symphonie du vivant. En même temps, une vidéo de buzz provoque des inquiétudes sur la toile.

Le point commun : l’épigénétique. La question : que devient notre liberté ? Ou bien : quand cesserons-nous de geindre ?

L’épigénétique est la science qui part du fait que nous ne sommes pas entièrement déterminés par nos gênes. Joël de Rosnay donne l’exemple des abeilles qui naissent toutes avec exactement le même patrimoine génétique mais, en fonction de son alimentation – gelée royale ou pas gelée royale – deviennent des ouvrières ou des reines, avec des destins bien différents. Autrement dit, l’épigénétique est la science qui nous permet d’échapper au fatalisme génétique. Ceci ouvre des perspectives vertigineuses, puisque nos comportements pourraient nous permettre d’influer sur notre destin, y compris sur le plan organique.

D’un autre côté, une vidéo de Google, vidéo qualifiée par l’entreprise de « design spéculatif », imagine un projet mettant en œuvre un « registre égoïste », qui saurait tout de chacun d’entre nous et, pour le bien commun (ou supposé tel), piloterait les individus en influençant leurs comportements. Bien que Google a annoncé que cette vidéo, vieille de quelques années, ne correspondait pas à un projet prévu et encore moins un projet en cours, elle n’a pas laissé d’inquiéter. En effet, il s’agit d’imaginer que nous pourrions n’être que des pions dans un projet dont les intentions nous échappent. Rien moins qu’une sorte de meilleur des monde, tel que l’a décrit l’écrivain Aldous Huxley.

Utopie et dystopie

Ce qui est intéressant ici, en premier lieu, c’est que la même technologie ou discipline soit mise en scène dans une utopie, ou disons un avenir plein de promesses, et en même temps une dystopie, c’est-à-dire un futur noir.

Ceci me fait inévitablement me remémorer quelques souvenirs. L’apparition de Microsoft, avec lequel j’ai fait connaissance au début des années 80, qui apparaissait alors comme le sympathique David contre le méchant Goliath qui était IBM, l’énorme et prométhéenne machine à fabriquer et vendre des ordinateurs de l’époque. Dans Microsoft, il y a d’ailleurs cette connotation étymologique – petit logiciel – que plus personne n’entend aujourd’hui, maintenant que la firme de Bill Gates est devenue un géant susceptible de nous aliéner. De même avec Google il y a une vingtaine d’années : deux étudiants sympas et malins qui défiaient l’industrie du logiciel. Ces deux sympathiques entreprises, à l’époque, proposaient de sympathiques technologies. Un traitement de texte qui nous donnait la liberté de créer des documents réservés aux seuls professionnels ; un traitement de texte mettant à notre portée le monde entier.

Ils sont successivement devenus deux versions de Big brother.David a grandi et est devenu Goliath.

Espoirs et peurs

Tout se passe comme si nous étions ces gens qui adoptent un gentil lionceau et appellent les pompiers quand le petit mignon est devenu un lion qui menace de nous croquer. Mais : qu’espérons-nous ? De quoi avons-nous peur ?

J’ai un mot pour résumer le tout. Nous espérons la puissance ; la puissance sur l’information, la puissance sur le monde, la puissance sur la vie. Savoir, voir, guérir et vivre longtemps. Mais nous nous leurrons sans doute en pensant que cette puissance peut devenir notre puissance. C’est-à-dire que le lion va rester lionceau pour nous et montrer les crocs aux autres. Nous espérons la puissance puis, quand nous en voyons le vrai visage, nous craignons la puissance.

Alors quoi ? Se débarrasser du lionceau ou même l’étrangler tant qu’il n’a pas la force de se défendre ?

Renoncer à ce que le lion devienne notre lion

Le lion est dans la savane ; nous gardons nos distances ; nous ne nous en approchons qu’avec circonspection et nous renonçons à ce qu’il devienne notre possession.

Ainsi de la technologie ; à nous de nous garder suffisamment à distance. Google menace d’influer sur ma vie, de guider mes comportements de consommateurs pour, finalement, modeler la société ? Peut-être bien après tout. Mais c’est dans le même paquet que les potentielles applications médicales de l’épigénétique. À moi de ne pas trop m’approcher, de ne pas mettre mon bras ou ma tête dans la gueule du lion. C’est ainsi que je préserverai ma liberté, c’est ainsi que j’assume ma responsabilité en refusant le statut de victime d’un monde en changement.

Il ne s’agit jamais que de ne pas se soumettre aux algorithmes, lesquels ne deviennent nos maîtres que parce que nous avons courbé l’échine avant leur invention, que notre comportement est devenu prévisible, parce que nous cédons aux modes, parce que nous cédons au désir mimétique.

Refusons cela. Soyons nous-mêmes les lions.


Laurent Quivogne
Le 7-06-2018
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