Juillet 2018


Les vertus du collectif

Proposer à ses clients puis, plus largement, aux entreprises et acteurs locaux, de se développer autrement que par la seule logique financière, en coopérant et s’appuyant les uns sur les autres et en plaçant l’humain et la relation au centre de tout, c’est ce qu’a mis en œuvre Vincent Touillet dans la région lilloise. Une belle aventure qui n’en est qu’à ses débuts. Rencontre…

Que le même idéogramme chinois puisse signifier « crise » et « opportunité » n’étonne en rien Vincent Touillet. C’est son histoire. Directeur technique dans le bâtiment, il se met à son compte en 2011 comme conseil tout en continuant de collaborer avec son ancien employeur. Mais, comme il le fait remarquer, « le principe de réalité m’a vite rattrapé, la stratégie mono-client ayant ses limites, surtout en période de crise ! ». Et puis le travail en équipe lui manque. Il prend alors le risque d’embaucher une personne et se met à gamberger dès qu’il a une seconde. Son but : trouver de nouveaux modèles permettant de travailler avec les mêmes acteurs, mais en développant la notion d’écosystème et en créant ou renforçant les liens entre tous ; l’essentiel à ses yeux.

La preuve par moi

Nécessité faisant loi, c’est en appliquant à sa propre entreprise ces modèles de développement innovants reposant sur une logique autre que financière que Vincent va faire la preuve de leur efficacité. Traversant, en 2014, une passe particulièrement difficile, il fait le tour des acteurs financiers locaux. Tous lui disent : « non ! ». « Qui a intérêt à me voir survivre sinon… mes clients ! » réalise-t-il alors. Il propose donc aux neuf principaux d’entrer au capital et, aussitôt dit, aussitôt fait : huit disent oui ! Le neuvième ne pouvant tout simplement pas. C’est le début d’une grande aventure qui les tient ensemble aujourd’hui encore, à l’heure où les nouveaux clients ne demandent qu’une chose : rejoindre le groupe !

Territoires entreprenants…

Il faut dire qu’entretemps, l’accompagnement en stratégie de développement que Vincent propose aux organisations dans sa région (Lille) a donné quelques résultats. Entreprises traditionnelles « touchant leurs limites », associations, acteurs de l’ESS, les modèles innovants en terme social, organisationnel et économique que propose Aeneis (voir encadré) fonctionnent. « Les acteurs publics, très intéressés par nos résultats, aimeraient bien nous suivre, mais ils sont souvent coincés par leur organisation ». Leur dernière belle aventure en date ? Lors d’un apéro commun où il était question d’un problème récurrent : le recrutement, fut décidé de créer un groupement d’employeurs. Temps partagé et souplesse indispensable bien sûr, mais le plus, la vraie valeur ajoutée ?… N’embaucher que des jeunes en difficultés ou discriminés !!

« Nous avons testé différentes formations, le but étant de les faire monter en compétence jusqu’à être autonomes et qu’ils puissent trouver un emploi. On en est à deux embauches, trois sont en cours et on devrait atteindre la dizaine sur l’année. Le plus gratifiant étant bien entendu de voir tous ces acteurs commencer à se développer autrement que par la seule logique financière, coopérant et s’appuyant les uns sur les autres, sur l’humain, la relation. Ce qui nous conduit forcément à voir plus grand : comment entraîner les autres dans l’aventure pour dynamiser l’organisation commune et, derrière, tout le territoire ?».

Inspirer

Très investi depuis quelques années au sein du CJD, « un mouvement puissant et engagé où les gens s’inspirent les uns les autres », Vincent s’émerveille de l’effet miroir généré par ce rapprochement d’esprits avides d’évoluer : « Lors du dernier hackathon de la nuit pédagogique, j’ai pu vérifier une fois de plus que plus on apporte, plus on reçoit et cela donne une grande force ; indispensable. Je crois aux vertus du courage et que l’entreprise est aujourd’hui un lieu où mettre cette vertu en œuvre. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que je n’ai plus de convictions, uniquement des croyances passagères. Seule l’altérité perdure ; la différence nous nourrit, je l’ai constaté cent fois. L’intérêt que nous avons à l’accueillir est une évidence. Pour ma part, je travaille à présent sur le fait de tout accueillir, car, j’en suis convaincu : tout a un sens ! ».


Jérôme Bourgine
Le 26-06-2018
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