Novembre 2018


L'avenir de la mondialisation, malgré Trump

Dans un supplément du week-end du Guardian, John Dobson, un ancien conseiller politique de John Major, posait clairement la question qui occupe mes chroniques depuis le début de la semaine : « s’agit-il de la fin de la mondialisation, ou juste d’une pause ? »

La mondialisation a une histoire. Et même une préhistoire. Mais la mondialisation, c’est quoi ? On peut retracer son histoire. Elle remonte aux initiatives prises par Anglo-saxons pour reconstruire l’ordre international, lorsqu’est devenue certaine leur victoire sur l’Allemagne nazie. Il s’agissait de rebâtir un monde en ruines. Furent alors créées un certain nombre d’institutions qui ont jeté les bases de notre mondialisation.

Dès la Conférence de Bretton Woods, en 1944, fut institué le Fonds Monétaire International, associant 29 membres. Progressivement, le FMI comptera jusqu’à 189 Etats. Le but était d’empêcher le retour des dévaluations commercialement agressives et de la guerre des monnaies qui avait précédé la guerre tout court. Mais la stabilité financière mondiale n’était pas le seul objectif poursuivi par les fondateurs du FMI. La promotion du commerce international, la réduction de la pauvreté et le plein emploi en faisaient également partie.

La Banque mondiale, créée en 1945, se fixait également l’objectif de réduction de la pauvreté, par une aide financière aux Etats en manque de crédits.

Trois ans plus tard, était lancé, par les Américains, le Programme de Rétablissement Européen, ce qu’on a appelé le Plan Marshall. Certes, il s’agissait de reconstruire une Europe dévastée avec des injonctions massives de dollars. On craignait que la misère ne pousse au communisme… Mais cette aide comportait des conditions, en particulier l’abaissement programmé des barrières douanières entre Etats européens. On l’oublie souvent, mais la création des premières institutions communautaires, telles la Communauté européenne du charbon et de l’acier, créée en 1951, n’aurait sans doute pas été possible sans qu’ait été franchi ce premier pas vers le désarmement douanier en Europe de l’Ouest.

Mais le premier acte de la mondialisation a été posé en 1948. C’est le GATT, pour General Agreement on Tariffs and Trade, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, l’ancêtre de l’Organisation Mondiale du Commerce. Mais le GATT, ce n’était qu’un ensemble de règles négociées par les Etats membres pour encadrer et réguler les échanges de marchandises, sans véritable institutionnalisation, mis à part un secrétariat. L’OMC est, au contraire, une institution permanente et elle s’occupe non seulement du commerce des biens, mais des échanges dans le domaine des services et de la garantie des droits de propriété intellectuelle. La mondialisation ne pouvait réellement décoller que sur la base de règles du jeu décidées en commun et acceptées par tous.

Le volume des échanges commerciaux a bondi. La liberté de mouvement des personnes, des biens, des services et capitaux a été progressivement étendue. Selon les théoriciens libéraux, cela a conduit à une meilleure allocation des ressources. Selon ses critiques, à une concurrence exacerbée entre les Etats-nations, gênés pour subventionner les activités et les entreprises qu’ils entendaient favoriser pour des raisons politiques. En outre, les pays du Sud n’ont cessé d’accuser certains du pays Nord de protéger leurs agricultures, en refusant de libéraliser le commerce dans ce domaine d’activité.

Il y a pourtant bien eu un lourd soupçon sur la mondialisation : celui d’avoir provoqué la crise de 2008… Selon John Dobson, la mondialisation a commencé à prendre des aspects préoccupants dans le domaine financier à la veille de la crise de 2008. Les flux internationaux de capitaux, qui jouaient un rôle déterminant dans l’intégration financière mondiale, après avoir atteint un pic en 2007, se sont effondrés en 2008, suite à la faillite de la banque Lehman Brothers. Comme on le lit dans les Perspectives Economiques de l’OCDE, « le degré d’ouverture financière internationale (mesuré par la somme des actifs et engagements extérieurs des pays en pourcentage du PIB) a plus que doublé entre 1995 et 2007 », passant de 150 % à 350 % du PIB mondial. Le jeu devenait dangereux.

Et cela fragilisait manifestement les Etats, surtout les plus endettés, dépendant de marchés financiers volatils et instables. Alors la mondialisation est devenue, je cite John Dobson, » le bouc émissaire d’un désir de rejet de l’ordre ancien, menant à des exigences de reconquérir la maîtrise, par les peuples, de leur propre destiné et, par les Etats, de la réaffirmation de leur souveraineté. «

Philippe Moreau Defarges ne dit pas autre chose dans la conclusion de son livre La tentation du repli. “Les Etats, leurs peuples, se sentent débordés de mille manières, par leur dépendance et leur vulnérabilité vis-à-vis des flux, l’affaiblissement ou la mise en cause des loyautés, enfin par les surveillances entrecroisées, les notations à répétition d’entités souveraines traitées comme de simples élèves de la classe planétaire. Agir ou réagir, avant qu’il ne soit trop tard ! _Toute puissance déclinante est tentée de se persuader qu’un sursaut lui insufflera une dernière fois l’énergie qu’elle a laissé échapper et réunira ceux qui se sont divisés_.

C’est le programme de Donald Trump. A-t-il quelques chances d’inverser le processus de la mondialisation ? On peut en douter.


Brice Couturier
Le 29-06-2018
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