Novembre 2018


La métamorphose de l'entrepreneur

Au cours d’une mission humanitaire au Rwanda, Antoine Lauristin et Benoît Fauryelle, que trente ans séparent, tissent une amitié qui les conduit bientôt à créer une entreprise dans le domaine médi-cal à l’international. Quinze ans plus tard, alors que l’affaire est florissante, Antoine,PDG habitué au succès, est confronté au décès de son mentor et associé. Il ne prend pas la mesure de cet évènement douloureux et a tendance à se replier sur lui-même alors qu’il subit par ailleurs des pressions fami-liales. Voilà comment commence ce roman écrit à quatre mains centré sur la vie et la transformation d’un entrepreneur. Rencontre avec Arnaud Aroux et Pierre Sylvestre.
Dirigeant Magazine : Comment vous est venue l’idée d’écrire un roman ? Pourquoi un roman ?

Pierre Silvestre : Intervenant gestaltiste auprès de dirigeants d’entreprise depuis plus de 15 ans, je voulais écrire un livre qui puisse témoigner de ma pratique, sans recourir à des concepts uniquement théoriques, ni tomber dans le travers des recettes simplistes. Je souhaitais plutôt partir d’exemples concrets, mais il était hors de question pour moi d’évoquer les situations réelles que je rencontre au quotidien dans ma clientèle, car le premier de mes soucis était de respecter le caractère confidentiel d’une relation où l’on aborde très souvent des sujets intimes et parfois même certains secrets. Lorsque mon ami Arnaud AROUX m’a dit qu’il pouvait, dans le cadre d’une fiction, mettre en scène un chef d’entreprise qui rencontrerait des difficultés, j’ai compris que je tenais la solution.


D. : Quelles sont les grandes « idées-forces » que vous avez voulu exprimer ?

PS : Dans ce livre, nous avons voulu dépeindre la force de caractère et la créativité qui caractérisent généralement le chef d’entreprise, mais nous avons également tenu à évoquer sa solitude et sa vulnérabilité. Au-delà de cela, tout au long du récit, nous avons également voulu montrer que les êtres humains dans leur ensemble sont complexes, qu’ils peuvent changer et qu’ils ne régissent pas toujours conformément à nos attentes.

Arnaud AROUX, le coauteur m’a dit un jour que dans certains romans, il trouvait les personnages trop entiers, dénués de contradictions, comme si l’auteur voulait aider le lecteur à mieux les situer. C’est ce que nous avons voulu éviter. Plutôt que de peindre des caricatures, nous avons préféré mettre en scène des êtres qui changent, des personnages à facette qui se construisent sur fond d’histoires complexes, tout ceci pour mieux mettre en évidence la seule question qui vaille « Qu’est-ce qui se joue ici et maintenant ? ».


D. : Quelles sont les conditions qui peuvent amener à une métamorphose du dirigeant ?

PS : Lors d’un accompagnement, le dirigeant doit d’abord accepter de « s’ouvrir », ce qui n’est pas toujours simple pour lui, car, aux yeux des autres, il sait que son image est souvent associée à sa réussite et à son audace. S’ouvrir, c’est prendre le risque d’écorner cette image. Pour qu’un accompagnement soit bénéfique et qu’il puisse amener des changements en profondeur, le dirigeant et l’intervenant gestaltiste doivent établir une relation de confiance qui doit assez vite déboucher sur une certaine forme de complicité.


D. : Qu’est-ce que la Gestalt et en quoi peut-elle s’avérer utile, pour un dirigeant notamment ?

PS : La gestalt-thérapie est une théorie qui met l’accent sur la conscience de ce qui se passe dans l’instant présent au niveau corporel, affectif et mental, sachant que, du point de vue de cette discipline, les trois points sont indissociables. La pratique de la gestalt en entreprise est un des moyens d’interroger ou de confronter l’individu ou le groupe dans son environnement, d’ouvrir des voies nouvelles, d’en expérimenter certaines et de créer les conditions de réussites individuelles et collectives. Mais attention, il n’y a pas de recettes standard et ce type d’accompagnement ne peut être réalisé que par des professionnels formés depuis plusieurs années à cette approche Dans ces conditions, le dirigeant qui accepte une telle démarche va envoyer un signal fort à ses équipes par sa manière de dire et d’agir autrement, sans que ces collaborateurs soient forcément associés.


D. : Vous avez été adhérent du CJD. Que vous a apporté le mouvement dans votre vie ?

PS : J’ai été membre du CJD pendant 8 ans. A cette époque, je dirigeais une société de services informatiques que j’avais moi-même créée. J’étais dans une bonne dynamique, mais je voulais me « challenger » avec d’autres chefs d’entreprise, même si je me pensais ouvert, j’avais beaucoup de certitudes et de croyances et j’avais un peu de mal à me remettre en cause. Le CJD a répondu à bon nombre de mes attentes. Grâce à ce mouvement, j’ai pu échanger avec d’autres adhérents de tous secteurs d’activité. J’ai bénéficié de formations à la fois sur le plan personnel et professionnel. J’ai pu prendre conseil auprès de nombreux intervenants de bon niveau et de tous horizons. J’ai construit de solides amitiés, dont certaines perdurent encore aujourd’hui. Même si j’ai passé l’âge requis pour pouvoir être membre, le lien n’est pas coupé, car j’anime encore régulièrement des formations au sein de l’association. J’ajoute que j’ai toujours autant de plaisir à le faire.


Arnaud Aroux et Pierre Sylvestre, La métamorphose de l’entrepreneur, Editions Baudelaire, 2018.


Propos recueillis par la rédaction
Le 3-07-2018
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