Novembre 2018


De l’avenue de Choisy aux marchés asiatiques, parcours d'un entrepreneur

Thierry Tea
D’origine sino-cambodgienne, passé par la Sorbonne, Negocia et l’Inseec U, Thierry Tea est le Fondateur de PhilJets Group, une startup aéronautique, spécialisée dans l’aviation d’affaires et le tourisme.

Récompensé après 5 ans d’activité par le prix d’Entrepreneuriat Asie Pacifique, cet homme pressé n’en finit pas de lancer des projets : école d’aéronautique aux Philippines,acquisition (via sa filiale Negocia Ventures) d’une cinquantaine d’hectares à Phnom Penh pour un futur quartier résidentiel et commercial, plateforme digitale pour révolutionner la mobilité urbaine… Si l’enfant du 13e arrondissement mesure le chemin parcouru, il n’oublie pas ses racines – françaises — et s’impose comme l’un des entrepreneurs incontournables de l’Asie.

Une carrière qui décolle

« Le cliché en France, quand on est d’origine asiatique, c’est d’ouvrir un restaurant, plat à emporter ou magasin d’informatique. Même si cela marche bien, je voulais être différent. Et je voulais me prouver que je pouvais réussir dans un grand groupe international avant d’être à mon compte ». Mais il n’a pas oublié qu’il fut refusé par la filiale Australie et la filiale Chine d’Airbus Helicopters. On lui faisait comprendre qu’il fallait être blanc pour représenter la France en Australie et avoir les cheveux blancs pour vendre des produits Français aux Chinois.Aujourd’hui encore, l’homme d’affaires pense souvent à ses grands-parents, pauvres au départ, et ayant réussi à devenir entrepreneurs à succès au Cambodge, les seuls à avoir survécu durant la guerre, victimes collatérales de la guerre entre les Etats Unis et le Vietnam. Venus étudier en France et ayant tout perdu, ses parents ont du arrêter leurs études et travailler jeunes. Avec une mère femme de ménage puis tricoteuse et un père chauffeur de taxi, le jeune homme a la rage au ventre pour réussir. « J’ai toujours voulu redorer ou restaurer la fierté de la famille, le nom, l’histoire. Je pense que ma volonté me vient de mes ancêtres, de mes grands-parents que j’ai vu frustrés d’avoir tout perdu et nostalgiques même s’ils ont bien vécu en France».

Avec l’objectif de développer ses activités dans le royaume, il crée Starline Global Industries à Singapour, une holding de trading aéronautique qui va vite devenir une holding d’investissement pour les marchés émergents. Le premier investissement a été naturellement aux Philippines, pour créer PhilJets Aero Services en janvier 2013. Aujourd’hui, Starline Global Industries acquiert, finance, structure et assiste des clients qui souhaitent acheter des hélicoptères et/ou des jets privés. PhilJets qui emploie 5 Français est une société de maintenance, d’acquisition de pièces, de support technique, mais surtout gestionnaire et opérateur d’aviation d’affaires.

Un adepte du « style français »

Pour expliquer sa réussite, il met en avant sa « triple culture» qui n’a pas toujours été selon lui un avantage. De la culture française, il dit avoir appris la fierté, la confiance en soi, le sens de la qualité et l’éducation. La culture cambodgienne et chinoise lui ont inculqué le travail, la rigueur, la vision long terme, l’envie de réussir, le refus du renoncement, le sens du sacrifice. Mais il apprécie par-dessus tout « le style français qui consiste à savoir profiter de l’instant présent, à apprécier ce que l’on a».

Avec aujourd’hui des participations dans près de 20 sociétés en 5 ans, Thierry Tea a décidé d’arrêter les investissements externes pour bâtir son propre groupe. « Je pense pouvoir rendre heureux pas mal d’investisseurs, car j’ai été de l’autre côté de la barrière. En tant qu’entrepreneur, il faut être persistant, patient, persévérant, innovateur, et dompter ses peurs ». Thierry est aussi un entrepreneur engagé. Conseil d’une ONG, KhmerSight au Cambodge qui a pour mission de donner la vue à des communautés pauvres. Il a rejoint l’Advisory Board de Make Sense ONG française fraîchement installée Philippines qui soutient des startups sociales et pousse les communautés pauvres à s’en sortir grâce à l’entrepreneuriat, notamment dans l’agriculture. Cet hyper actif au grand cœur a aussi cofondé la French Tech Philippines. « Le désir de pouvoir aider est toujours présent. Il est important de pouvoir redonner, car je sais d’où je viens, d’où ma famille vient. On ne peut pas aider tout le monde, mais des petits engagements ne font pas de mal. Il faut penser aux prochaines générations ».


Gilles Trichard
Le 6-09-2018
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