Novembre 2018


L’impossible décroissance

© Can Stock Photo / alphaspirit
Les exceptionnelles conditions climatiques de cet été et leurs conséquences, notamment les incendies jusqu’aux abords du cercle polaire, nous l’ont rappelé : il y a urgence à agir. La démission de Nicolas Hulot vient en rajouter une couche.

Dans son discours, il a dénoncé l’incompatibilité entre notre modèle économique basé sur la croissance et les exigences écologiques qui se manifestent aujourd’hui brutalement avec une chute de biodiversité dramatique, des changements climatiques, des rendements agricoles menacés, etc.

Ce qui amène naturellement un nombre important de personnes à prôner la décroissance. Cela semble raisonnable à première vue. Puisque notre exploitation des ressources n’est pas soutenable, puisque nous savons que nous avons passé le pic de production de pétrole conventionnel, puisque le jour du dépassement ne cesse de reculer, alors exploitons moins.

Notre imaginaire nous conduit à envisager une vie plus simple, avec moins de voyages, moins de gadgets, mais, d’une certaine façon, toutes choses égales par ailleurs.

C’est bien là, me semble-t-il, que le bât blesse. Car il y a une décroissance « grise », celle que nous n’envisageons pas de prime abord. Notamment la décroissance de sécurité ; sécurité de l’emploi, sécurité médicale, sécurité des personnes et des biens, sécurité de la vieillesse. Car moins d’activité, et simplement moins de pétrole, c’est moins de transports et une énergie qui nous était apportée jusque-là à faible coût, que nous devrons suppléer par notre propre activité. D’où moins d’excédents pour rémunérer les chômeurs, l’assurance maladie, l’assurance vieillesse et l’appareil policier et judiciaire.

Certes, m’objectera-t-on, mais l’homme a vécu pendant des milliers d’années sans pétrole.

Oui, l’homme a vécu des milliers d’années sans pétrole, mais pas avec la même espérance de vie. Si demain, à 50 ans passés, je fais une crise cardiaque, je peux compter sur une ambulance, sur un hôpital approvisionné quotidiennement dans tout ce qui lui est nécessaire, avec des milliers de personnes qui se déplacent pour venir y travailler, rémunéré par la collectivité. Une énorme machine dopée au pétrole et à l’énergie abondante et bon marché.

Même mon propre métier, coach et thérapeute, est une sorte de luxe (un luxe que je trouve très utile, mais c’est une autre histoire), que je peine à imaginer pouvoir se pratiquer pareillement en situation de décroissance. Penser à soi est en effet une option très facultative dans une société plus simple où, nécessairement, on ne pourra plus compter sur seulement 2 % de la population pour se nourrir.

Et les technologies sur lequel j’écris, grâce auquel je vais publier cet article et grâce auxquelles vous lisez cet article ne sont guère une voie de décroissance : une fois et demie la consommation énergétique du transport aérien, 9 % d’augmentation par an ainsi qu’en témoigne un rapport initié par Shift et présenté le 4 octobre prochain.

Vouloir la décroissance, c’est ne plus vouloir pour beaucoup d’entre nous son emploi, sa mobilité, ses loisirs et, comme nous le disions, sa sécurité. C’est pour beaucoup renoncer au produit de luttes et d’âpres négociations. C’est d’une certaine façon scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Qui est capable de ça ?

Qui est capable de ça et alors quoi ? Alors sans doute l’homme est-il un animal qui a besoin de croissance et qu’il ne peut envisager une existence sans elle. La question devient donc : quelle croissance nous permettrait-elle de renoncer aux bienfaits de l’énergie bon marché ?


Laurent Quivogne – http://www.lqc.fr/


Laurent Quivogne
Le 4-09-2018
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz