Avril 2019


D’où viendra la prochaine crise ?

Shanghai © Can Stock Photo / cspguy
Là-dessus au moins, règne, parmi les économistes, une quasi-unanimité : la prochaine crise naîtra en Chine ; comme la dernière nous est arrivée des Etats-Unis.

Ce qui demeure l’objet de discussion, c’est la manière dont elle affectera l’ensemble des économies. Comment le feu se propagera ? Mais sur le fait que la crise chinoise, une fois enclenchée, affectera l’ensemble du monde, là, il y a unanimité. C’est même un argument brandi par certains économistes chinois pour appeler à l’aide : vous n’avez rien à gagner à nous mettre la tête sous l’eau. Cela serait vous noyer vous-mêmes. Et vous risquez de déclencher une vraie guerre. Je pense au papier de Qian Liu paru sur Project Syndicate.

Je la cite : « La prochaine crise économique est plus proche que vous ne le croyez. Mais ce qui devrait surtout vous inquiéter, c’est qui viendra après. Car elle pourrait déboucher sur un conflit militaire majeur ». En effet, explique Qian Liu, la détresse économique, est mauvaise conseillère : elle pousse les peuples à chercher ailleurs que dans les erreurs de leurs propres gouvernants la cause de leurs malheurs. Au début des années 30, le brusque relèvement des droits de douane américains a plombé le commerce international, qui a perdu les 2/3 de sa valeur en dix ans. Les hostilités commerciales préludent aux hostilités militaires… Nous voilà prévenus.

La phénoménale croissance chinoise donnait déjà des signes d’essoufflement. De ce point de vue, écrit Kenneth Rogoff, la guerre commerciale lancée par Trump, Justifiée ou non, tombe mal. Or, le FMI estime aussi que ce brusque ralentissement chinois va affecter tout le reste du monde. Pour la bonne raison que la Chine a été, ces dernières années, la locomotive de la croissance mondiale. Que la locomotive s’essouffle et c’est tout le train, derrière elle, qui risque de caler. Or, le moment dans lequel nous sommes en train d’entrer est périlleux.

Quelles sont les causes qui le rendent si périlleux, notre moment ?

La principale, c’est l’inévitable remontée des taux d’intérêt. Alors que ceux-ci ont été maintenus artificiellement bas ces dernières années, par les Banques centrales, pour permettre aux Etats d’éponger les dégâts provoqués par la dernière crise, ils vont inévitablement retrouver des niveaux plus classiques. D’abord parce que les Banques centrales veulent bloquer la formation de bulles spéculatives – ce qui est particulièrement tentant lorsqu’on peut emprunter pour rien et gagner pas mal d’argent avec cet « argent gratuit »…

Mais aussi, parce que, selon Rogoff, ces taux ultra-bas étaient causés par l’abondance d’épargne en Asie. Jusqu’à une période récente, ces énormes masses de capitaux ne trouvaient pas à s’investir sur place. Ils se dirigeaient donc vers les Etats-Unis et vers l’Europe. Le ralentissement chinois va interrompre mécaniquement cette manne abondante. Or, la remontée des taux d’intérêt va freiner les investissements et pénaliser, en particulier, les start-ups, un des éléments moteurs de nos économies : elles ne se maintiennent en vie que par les promesses de profits qu’elles comportent.

L’euro, notre monnaie, n’a survécu que grâce aux fameux taux proches de zéro et aux méthodes « non conventionnelles » mises en œuvre par Mario Draghi. Sans eux, pas mal de pays européens n’auraient pas coupé aux dépréciations et restructurations. Maintenant qu’ils vont remonter, ces fameux taux, comment vont faire les pays surendettés, comme le nôtre, pour payer des intérêts soudain dangereusement gonflés ?

Regardez ce qui est encore en train d’arriver à l’Argentine, qui ne parvient pas à rembourser ses dettes. Cela devrait nous servir d’avertissement… Mais Trump lui-même, avec ses dépenses en hausse et ses impôts en baisse, n’est pas à l’abri de mauvaises surprises. Pour Rogoff, la hausse des taux qui se profile risque fort de le contraindre à renoncer à nombre de ses grands projets d’investissements. Effet négatif garanti sur le résultat des prochaines élections présidentielles.

Eviter au moins la guerre commerciale.

Reste, toujours selon Kenneth Rogoff, que les négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis pourraient aboutir, avant que Trump ne mette en application ses menaces douanières. Il suffirait que Xi Jinping reconnaisse le bien-fondé des doléances de Washington dans le domaine de la propriété intellectuelle et donne l’ordre à ses entreprises de cesser de piller le savoir-faire américain. Mais de leur côté, les Etats-Unis devraient se souvenir qu’eux-mêmes ont violé allègrement les brevets britanniques pendant tout le XIX° siècle...

L’échéance se rapproche. Je cite à nouveau Kenneth Rogoff : « Jusqu’à présent, les autorités chinoises ont fait un travail remarquable pour retarder le ralentissement inévitable de leur croissance économique. Malheureusement, lorsque la récession arrivera, le monde est susceptible de découvrir que l’économie chinoise est encore plus importante que ce que pensaient la plupart des gens. »


Brice Couturier
Le 22-02-2019
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